Depuis quelques semaines, nous pouvons constater dans les médias à quel point le français se porte mal. Que ce soit sur les chantiers de construction, dans le nouveau programme des HEC, chez Bombardier, à la Caisse de dépôt ou dans le vestiaire du Canadien, le français ne semble pas être la saveur du mois. Il y a quelques jours, l'animateur de radio Benoît Dutrizac et son équipe diffusaient les propos désobligeants d'un propriétaire de dépanneur allophone au sujet du français et des Québécois.

Publié le 16 mars 2012
Tania Longpré
L'auteure est enseignante en francisation des adultes.
CYBERPRESSE

Enseignant aux adultes immigrants depuis quelques années déjà, j'ai écouté avec un quasi-désespoir les propos insultants assenés aux Québécois de la part de ce propriétaire qui accusait les Québécois de ne rien faire pour le Québec, sauf peut-être y fumer, y boire ou s'y mettre sur le «B.S». Paroles mensongères, blessantes et gratuites envers un peuple qui lui a pourtant ouvert les bras et qui lui a donné la chance de recommencer sa vie ici.

Laissez-moi vous dire que ce comportement est inhabituel, et que même si j'ai déjà entendu plusieurs critiques, je ne les avais jamais entendues d'une façon aussi crue. J'ai pris connaissance de plusieurs commentaires diffusés ici et là prenant la défense de ce «pauvre monsieur enregistré à son insu» d'autres qui disaient « laisser-lui le temps de s'intégrer » !

Effectivement, l'intégration n'est pas instantanée, mais si cet homme avait  eu le désir de le faire, il aurait pu passer 18 mois en classe de francisation, et apprendre à s'intégrer à la société québécoise. Mais le temps, c'est de l'argent, dit-on et plusieurs décident effectivement de ne jamais se franciser. Le financement dérisoire d'une centaine de dollars par semaine accordés à nos étudiants n'arrive pas à rivaliser avec les salaires qu'un nouvel arrivant peut se faire au travail.

De plus, la francisation n'étant pas obligatoire chez les adultes âgés de plus de 18 ans, il est possible pour un nouvel arrivant de se joindre directement au marché du travail, même s'il ne connaît aucun mot de notre langue officielle. Il est à noter que dans un dépanneur, ou dans toutes les petites et moyennes entreprises employant 50 employés ou moins, la loi 101 ne s'applique pas.

Plusieurs s'entêtent à répéter que leurs enfants seront francisés et qu'il faudra attendre les prochaines générations avant que les immigrants s'intègrent. Pourtant, il n'y a qu'un immigrant sur cinq au Québec qui est un enfant, sur les 54 000 immigrants que nous recevrons cette année. Cela veut-il dire que nous avons les moyens, comme société, de ne pas intégrer quatre immigrants sur cinq sous prétexte que les enfants s'intégreront en français, tout en remerciant la loi 101 ? Faut-il rappeler aux gens qui tiennent ce discours que ce sont les adultes, et non les enfants, qui ont été sélectionnés par l'immigration pour leurs compétences et pour ce qu'ils avaient à apporter à leur société d'accueil ?

Il m'apparaît injuste d'abandonner ainsi nos immigrants à leur sort. Nous devrions leur donner tous les outils nécessaires pour qu'ils puissent s'intégrer au Québec et pouvoir s'y réaliser à leur juste valeur. Ne pas obliger la francisation ou ne pas étendre la loi 101 aux entreprises de 50 employés et moins résultent ici de cette fâcheuse situation.

Pourtant, comme société, nous avons les moyens de changer ces choses, et d'intégrer nos immigrants, même nouvellement arrivés à notre société. Si nous leur donnions tous les outils nécessaires, peut-être que ce monsieur, et bien d'autres, pourraient avoir une meilleure estime des Québécois et avoir le désir de se joindre à nous.