Douze ans se sont écoulés depuis la première accession à la présidence de Vladimir Poutine, son intermède «planté» comme premier ministre et son retour à la présidence lors de l'élection générale de la semaine dernière.

Publié le 12 mars 2012
Yvan Loubier
L'auteur est économiste et conseiller principal au cabinet de relations publiques National.

Il n'est pas dans notre propos d'aujourd'hui de débattre de cette élection. Mais c'est une bonne occasion de présenter un certain nombre de repères sur les réalités socioéconomiques contemporaines de ce pays que nous connaissons très peu et des défis principaux auxquels sont confrontés ses «nouveaux» dirigeants.

Avec sa population de 142 millions d'habitants parmi les plus éduqués au monde, la Russie constitue la huitième plus importante économie planétaire et fait partie du club sélect des pays les plus industrialisés (le G8).

Premier producteur mondial de pétrole et deuxième en importance pour le gaz naturel, ces deux secteurs constituent, à eux seuls, 40% de la valeur du PIB et près de 50% des recettes de l'État fédéral. Et c'est là à la fois sa puissance et sa fragilité: la Russie doit au premier chef réduire sa trop grande dépendance aux hydrocarbures qui la rend vulnérable aux fluctuations mondiales.

On l'a vu récemment lors de la crise financière et économique de 2008 où les cours pétroliers ont chuté et les actions de Gazprom (94% de la production gazière) se sont effondrées, entraînant à leur suite l'ensemble de l'économie. La Russie doit en ce sens diversifier son économie et moderniser ses infrastructures industrielles.

Par ailleurs, la Russie est un pays riche, mais où règnent des inégalités importantes. Tous n'ont pas profité de la croissance économique des dernières années. Et ceux qui en ont profité le plus, ce sont les «oligarques», ces nouveaux capitalistes qui, bénéficiant souvent de leurs positions dans la hiérarchie du Kremlin, ont été les grands gagnants de la transition de choc vers l'économie de marché et la privatisation des entreprises d'État, imposée dans les années 90 par le président Boris Eltsine.

Bien que la classe moyenne ait trouvé son essor ces dernières années, la pauvreté absolue, celle qui fait qu'on ne dispose pas de biens de première nécessité comme la nourriture, le logement et les médicaments pour survivre, dépasse encore les 16% de la population, près de 23 millions de personnes. S'attaquer à cette pauvreté absolue, voilà le deuxième défi que doit relever la Russie.

Enfin, combattre la corruption qui gruge l'économie russe de l'intérieur constitue certainement le troisième grand défi de l'administration Poutine. La Russie se classe au 143e rang sur 183 pays au classement de Transparency International (le 183e étant le plus corrompu). Difficile d'établir l'importance exacte de cette corruption, mais elle touche, selon les observateurs, tous les secteurs d'activité. Certains parlent de plus de 10% du budget fédéral, d'autres parlent de 20% de la valeur des contrats publics de plusieurs milliards de dollars chaque année. Vladimir Poutine en a fait un enjeu majeur de la dernière élection.

La Russie ne part pas de zéro. Elle dispose de richesses considérables et elle est aujourd'hui une des rares économies développées à afficher un taux de croissance annuelle de son PIB de plus de 4% et un endettement public à en faire rougir plus d'un (3% du PIB). Elle a de plus accédé à l'Organisation mondiale du commerce en décembre dernier, ce qui pourrait contribuer à remettre un peu d'ordre dans les termes et conditions du commerce et favoriser l'investissement étranger. Et, contrairement à plusieurs grands pays industrialisés, les élections sont derrière elle, assurant une stabilité politique de six ans et recentrant les actions gouvernementales vers une véritable gouvernance dans ces temps de turbulences internationales.

Néanmoins, l'édifice est fragile et lézardé en partie par la détresse humaine vécue par une tranche importante de la population et des travers qui, eux aussi, sont tout aussi humains.