L'année 2012 sera une année électorale pour d'importants pays sur la planète: la Russie (mars), la France (avril et mai) et les États-Unis (novembre). Pourtant, compte tenu de la santé de la démocratie sur la planète, les attentes doivent demeurer modestes face aux transformations que ces élections provoqueront.

Publié le 25 janv. 2012
Daniel Landry<br><i>L'auteur est professeur de sociologie au Collège Laflèche, à Trois-Rivières.</i>

À l'heure actuelle, des réformes du système sont nécessaires dans toutes les «grandes démocraties» de la planète, incluant ces trois pays. Elles sont même préalables à l'arrivée de politiciens audacieux, aptes à prendre les décisions qui s'imposent d'un point de vue écologique, socioéconomique et géopolitique.

Rappelons-nous la campagne électorale d'Obama en 2008 dont le slogan «Hope» incarnait cette volonté de rompre avec l'ère Bush. Dans les faits, quatre années plus tard, le bilan d'Obama est plutôt décevant. Compte tenu des attentes gargantuesques qu'il a créées à son égard, il a échoué à réconcilier son peuple (et le monde) avec la politique.

Bien sûr, les membres du Sénat et de la Chambre des représentants ont joué un rôle de saboteur depuis deux ans. Mais peu importe les raisons de ses échecs, son bilan demeure bien modeste. À titre d'exemples, sa réforme en santé est insuffisante, ses plans de sauvetage de l'économie ne favorisent aucunement la classe moyenne et ses politiques extérieures sont aussi belliqueuses que sous Bush.

L'impuissance d'Obama ne signifie en rien que le Parti républicain soit mieux placé pour gouverner les États-Unis. Au contraire, depuis Reagan, les républicains se sont radicalisés au point de présenter un discours dogmatique et délétère. L'impuissance d'Obama signifie plutôt que l'ensemble du système est à revoir (du bipartisme au financement des partis, en passant par la couverture médiatique des campagnes). Dans un contexte où des crises (économique et écologique) pointent à l'horizon, il est inadmissible de se satisfaire d'un système politique aussi lacunaire.

La France vit également une évidente crise de la démocratie. Selon la formule d'Hervé Kempf, les oligarques de ce monde manipulent la sphère politique au nom de la libéralisation des marchés. Les politiciens, eux, bien impuissants, ne font que reproduire le système, sans chercher à véritablement s'en libérer. Telle qu'elle est exercée présentement, la démocratie ne permet donc aucunement l'éclosion de véritables alternatives au pouvoir en place. Une éventuelle victoire de François Hollande à l'élection présidentielle française risque donc d'avoir très peu d'impact sur la vie des Français.

L'exemple russe est plus indécent encore. Le pays est aux prises avec un véritable simulacre de démocratie (contrôle des médias, écrasement de l'opposition et manipulation possible des résultats). Depuis le début des années 2000, loin de construire une Russie démocratique, l'ex et futur président Vladimir Poutine se réconcilie plutôt avec l'ère stalinienne. Ce pays du «BRIC» poursuit sa croissance économique dont ne profite qu'une infime partie de sa population.

En somme, le contexte politique mondial est aujourd'hui propice à l'émergence d'un cynisme envers les institutions politiques. Même des partis traditionnellement de gauche ont récemment gouverné sous l'empire de la finance (la Grande-Bretagne de Blair, l'Espagne de Zapatero, la Grèce de Papandréou). C'est ce qui laisse croire que les réformes ne doivent plus être attendues des formations politiques traditionnelles, mais d'une pression populaire. Elles devront passer par la mobilisation d'une population en quête de son printemps démocratique.