Ma mission, dans mon travail, est d'entretenir le rêve des enfants, toujours le rêve, pour permettre à ces futurs citoyens de se dépasser et de porter un regard positif sur leur avenir. Former des gens capables d'agir, et des rêveurs. Idéaliste, diront certains. Peu importe, il faut voir grand, surtout lorsqu'on décide d'aller dans un milieu si petit.

Publié le 19 janv. 2012
Lucie Gavrilovic
L'auteure a enseigné au primaire au Nunavik, dans une communauté de la baie d'Hudson, pendant deux ans. Elle enseigne présentement dans un milieu bien nanti de Saint-Jérôme.

Petite région éloignée avec des problèmes environnementaux et sociaux de taille: gestion des déchets, pollution de l'eau, alcoolisme et perte d'identité culturelle ne sont là que la pointe de l'iceberg de la réalité du Nord-du-Québec.

Où sont les repères de ce peuple qui vivait jadis en harmonie avec la nature? Il semble que les biens de consommation importés du Sud aient gagné la partie. Ajoutez à cela des programmes d'éducation plus ou moins adaptés aux réels besoins de cette communauté, et vous avez la recette pour l'émergence de problèmes sociaux inquiétants.

Pourtant, on y construit des écoles, on dépense des milliers de dollars pour faire venir des enseignants plus ou moins préparés à affronter ce nouveau milieu. Dans une nouvelle école du Nunavik, on peut retrouver des ordinateurs ultramodernes, des sculptures inuites de grande valeur et du matériel pédagogique que les écoles du Sud envieraient. Psychologues, intervenants, où êtes-vous? Il faut croire que les budgets sont distribués ailleurs. L'école doit être belle...

Les enfants restent abandonnés dans ce système créé pour eux. Les enseignants sont démunis devant autant de défis à relever et autant de signalements à faire auprès du département de la protection de la jeunesse. Désillusionnés.

En parallèle à ce projet d'éducation, le gouvernement donne de l'argent aux résidants pour l'exploitation des ressources naturelles de la région et enlève, de ce fait, toute motivation et tout but au travail. Plan Nord, qu'apporteras-tu aux enfants de l'Arctique du Québec?

Entretenir le rêve... Dans ma classe, je questionne mes nouveaux élèves sur leurs rêves. Pas de réponses. Le concept semble même abstrait pour eux: rêver, se projeter dans l'avenir? Pourquoi? Ce sont ces élèves qui seront les prochains leaders du Nunavik. Certains Inuits rêvent, quant à eux, d'un gouvernement indépendant, mais qui seront les futurs dirigeants? Je dois former des visionnaires. Comment? Je ne parle pas leur langue, je commence à peine à comprendre la complexité et la difficulté de leur situation. Je travaille dans une école où violence, intimidation et consommation de drogues sont omniprésentes.

Je semble assister à un peuple en voie d'extinction, un peuple victime des changements sociologiques, mais en même temps, économiques. Ici, les deux vont de pair et le bilan économique semble plus profitable pour le Sud. Il est ironique que ce soit, cette fois-ci, le Sud qui gagne au profit du Nord. L'éducation serait un bon moyen pour remettre les pendules à l'heure, mais qui se soucie vraiment des écoles et des enfants d'ici? Nunavik, l'Afrique du Québec... Quand on ne voit pas, on ne s'en fait pas.

Lorsqu'on parle des extrémités de notre planète, on expose les enjeux écologiques et économiques, mais pas assez des conséquences que cela entraîne sur le peuple inuit qui, pourtant, est lui aussi menacé. Qui s'occupera de l'Arctique du Québec? Veut-on vraiment que ce soit des gens avides d'exploiter les richesses naturelles de ce territoire qui dégèle?

Les enfants du Grand Nord ont le droit de rêver et de porter un regard positif sur leur avenir, notre avenir.