À Ville Mont-Royal, Ponce Pilate fait son cadeau de Noël. Une fois de plus, les autorités publiques se lavent les mains d'un autre problème causé par le mécanisme laïco-social qui se développe à la miette.

Publié le 8 déc. 2011
Aubert Martin<br><i>Père de deux fillettes, l'auteur réagit à la décision de Ville Mont-Royal de retirer la crèche devant son hôtel de ville.</i>

On confond «séparation de l'État et de la religion» avec «exclusion de toutes les religions», au risque de porter préjudice à tous les croyants, à toute une culture, voire même à toute une histoire nationale. On jette le nouveau-né avec l'eau du bain et on ferme les yeux sur un modèle social qui ne peut aboutir qu'à des crises majeures et à des injustices de plus en plus criantes.

En brimant tous leurs droits publics - fini l'enseignement religieux dans les écoles ou dans les garderies publiques et même privées, fini les symboles religieux dans les lieux publics -, on ne tolère plus l'identité qui définit foncièrement les citoyens croyants en tant qu'êtres humains. Les décisions laïcistes sont toujours unilatérales et sans appel, malgré les vives protestations populaires dans une société dite ouverte aux différences - tant qu'elles entrent dans le moule laïciste... On jette les grandes religions dans le même sac que celui du combat contre la cigarette!

Ce modèle laïciste, présenté comme nouveau fondement de notre société moderne, est cependant incompatible avec les différentes croyances religieuses. En effet, son argument principal, à savoir que la religion doit rester dans la sphère privée, va à l'encontre du principe fondamental de toute appartenance religieuse: vivre en accord avec ses croyances en Dieu en tout temps et en tout lieu.

Cette façon de penser des laïcistes crée inévitablement un fossé entre les croyants et les non-croyants puisqu'elle découle d'une vision du monde exclusivement... laïque. Pour quelqu'un qui ne croit pas en Dieu, il est facile de demander aux croyants de laisser leur religion à la maison. Pour un croyant, cependant, la religion n'est pas un manteau qu'on laisse à l'entrée d'un bâtiment.

En exigeant que tout le monde se conforme à leur vision sociale, les laïcistes prennent une position à l'encontre des croyances d'un très grand nombre et déséquilibrent ainsi leur propre équation de tolérance et d'ouverture aux autres dont ils se réclament. Pour eux, l'espace public doit être laïc, tel que le dicte leur propre croyance.

Ainsi donc, il est grand temps que le laïcisme soit considéré tel qu'il est en vérité: une croyance religieuse selon laquelle Dieu n'existe pas. Évidemment, les laïcistes se défendent bien d'appartenir à un mouvement religieux, mais force est de constater que leur position n'a trait qu'aux questions religieuses! Et pendant ce temps, ils s'élèvent en maîtres de décisions, sans jamais se mouiller, comme des observateurs qui seraient parfaitement impartiaux, alors que dans les faits ils se portent à la défense de leur propre vision du monde.

Cette stratégie leur confère toujours le beau rôle et les laïcistes sortent toujours grands gagnants des débats, dont le verdict aboutit toujours à la même conclusion: Dieu n'existe pas en dehors de vos maisons. Comment encaisser cette notion quand on croit de tout son être à l'existence de Dieu? Comment prétendre respecter les différentes croyances quand la sentence annonce qu'elles sont toutes fausses ou farfelues, donc indignes d'occuper l'espace public? Voilà un vrai problème qu'on refile à nos enfants au risque, entre-temps, de nourrir les tensions et d'abreuver l'intolérance.

On mélange la croyance judéo-chrétienne avec toutes les autres croyances nouvellement arrivées, bafouant son héritage et sa place dans notre histoire collective. Cette approche facilite la position des laïcistes qui noient ainsi le catholicisme dans toutes les autres croyances - cela n'est pas sans rappeler le multiculturalisme canadien qui a placé le Québec à égalité avec toutes les autres cultures pour faire fondre son poids politique.