Au matin de la première Table des partenaires depuis l'annonce officielle du Plan Nord, en ce 14 novembre 2011, le Réseau québécois des groupes écologistes (RQGE) dénonce le manque de légitimité de cette instance créée en 2009 par le gouvernement de Jean Charest.

Publié le 14 nov. 2011
Jacinthe Leblanc<br><br><i>L'auteur est présidente du Réseau québécois des groupes écologistes (RQGE).</i>

Je me permets d'insister sur trois points: 1) la Table des partenaires n'est pas considérée comme une instance suffisamment transparente et représentative, 2) l'environnement y est marginalisé à un seul siège sur 26, et 3) la plupart des recommandations en lien avec l'environnement sont restées lettre morte.

Au départ, la Table des partenaires avait pour objectif d'obtenir un consensus sur une vision commune, d'élaborer une méthode de travail et de hiérarchiser les priorités économiques et sociales. C'est honorable, certes, mais alors que de plus en plus de gens prennent conscience de l'ampleur de ce grand chantier, des éléments de contexte doivent être apportés afin d'expliquer ce qui motive les protestations de nombreux organismes environnementaux et alliés.

Des partenaires choisis

Les personnes y siégeant ont été choisies par le gouvernement, et non par leurs pairs. De plus, le poste de représentant sectoriel environnemental a été créé après tous les autres et seulement suite à des pressions de plusieurs organisations environnementales. De toute évidence, l'avis du milieu environnemental québécois n'était pas important dans le processus dès le début.

Malgré cette sélection arbitraire du gouvernement, le RQGE a été actif dans le dossier du Plan Nord. Le Réseau a assuré, au meilleur de ses moyens limités, la concertation de ses groupes membres et d'autres groupes environnementaux démontrant un intérêt concernant cet immense projet de développement. Nous étions 10 organisations (Fondation Rivières, Action boréale de l'Abitibi- Témiscamingue (ABAT), Association québécoise de lutte contre la pollution atmosphérique (AQLPA), Greenpeace, tous membres du RQGE, ainsi que Maîtres chez nous 21e siècle (MCN21), Nature Québec, Initiative boréale canadienne (IBC), Canards illimités et Société pour la nature et les parcs (SNAP)) à avoir joué un certain temps le jeu du ministère des Ressources naturelles et de la Faune (MRNF), ministère responsable du Plan Nord. Le caucus «Plan Nord» se réunissait, établissait des demandes et des positions communes puis les transmettait à la Table des partenaires par l'intermédiaire du représentant.

Le 9 mai dernier, à la demande de ses groupes membres et face au malaise de participer à un processus manifestement non démocratique, le Réseau a refusé de donner son appui au plan présenté, tout comme Greenpeace, la Fondation Rivières, l'ABAT, MCN21, Nature Québec et l'AQLPA.

Ne pouvant souscrire au contenu du projet, le RQGE prend position contre le Plan Nord tel que présenté et demande des scénarios de développement viables ainsi que des réformes dans les secteurs des ressources naturelles et énergétiques.

Un premier ministre en mission

Depuis qu'il a annoncé le Plan Nord durant la campagne électorale de 2008, et même peut-être avant, le premier ministre Jean Charest parcourt le monde pour vendre ce projet de société sur lequel la majorité des résidants du Québec et des Premières Nations n'ont pas pu se prononcer. Ce chantier ne vise rien de moins que 72% du territoire de la province et prévoit 80 milliards de dollars en investissement public et privé dans des projets miniers, forestiers, énergétiques, touristiques, bioalimentaires et de transports. Est-ce que ces investissements rejoignent les priorités de l'ensemble de la population? Les infrastructures construites répondront-elles aux besoins des générations à venir? Disposons-nous des connaissances suffisantes pour intervenir de cette façon?

Nous insistons: les populations autochtones et allochtones du Québec ont leur mot à dire sur des grands projets de société comme le développement du Nord québécois. C'est une question d'honnêteté, de solidarité et de respect. De grands débats démocratiques ont déjà eu lieu au Québec, sur l'énergie dans les années 1990 par exemple; il ne faut pas en perdre de vue les conclusions et s'engager dès maintenant dans leur mise en oeuvre. Un grand chantier d'efficacité énergétique, c'est peut-être moins vendeur auprès des investisseurs étrangers, mais c'est une priorité qui a déjà été établie par les populations québécoises... contrairement aux nouveaux barrages annoncés.

Nous refusons de prendre part à ce spectacle et ne tomberons pas dans le piège de la marchandisation du Nord par la Table de partenaires et le gouvernement actuel. Pour que le Plan Nord soit un projet d'une génération valable, il doit d'abord être réfléchi pour plusieurs générations. Il doit aussi être créé et se développer en partenariat avec les communautés locales, les Premières Nations et avec la société québécoise dans son ensemble. Le Plan Nord doit faire l'objet d'un réel effort collectif de planification globale, ce qui pour le moment, ne semble pas être sur la Table... des partenaires.