La hausse des droits de scolarité annoncée par le gouvernement Charest suscite la grogne des associations étudiantes partout au Québec. Pourtant, il y a lieu de se questionner sur les motivations de cette grogne. Est-ce une simple question de portefeuille, ou cette ire cacherait-elle quelque chose de beaucoup plus profond?

Publié le 2 nov. 2011
Grégory Kudish

L'auteur est étudiant en science politique à l'Université de Montréal.

Je suis également en colère contre le système d'éducation québécois. Mais ma colère n'est pas liée à la hausse des droits de scolarité. Au contraire, je crois plutôt que nos élus n'en font pas assez sur le plan de l'éducation. L'augmentation des droits de scolarité n'est pas liée, en soi, à une diminution des taux de fréquentation des universités. La Nouvelle-Écosse est la province canadienne qui a le plus haut taux de fréquentation universitaire, tout en ayant les droits de scolarité les plus élevés au pays.

Au Québec, le problème des universités est profond, et dépasse largement le débat entourant les droits de scolarité. Voici quelques réalités que je vis au quotidien.

> Plusieurs chargés de cours ne savent pas écrire une phrase sans faire de fautes d'orthographe. Lorsqu'un chargé de cours nous distribue une feuille de consignes de travail, sur laquelle les fautes de français abondent, je me demande comment je peux prendre son cours au sérieux.

> De plus en plus de professeurs et chargés de cours participent à la dévaluation de la valeur de notre éducation. Lorsque le résultat moyen d'un examen est décevant (moyenne de groupe inférieure à 55%), le professeur «ajoute» 15% à toute la classe. Résultat: ce professeur dévalue la qualité de l'éducation de 15%.

> Plusieurs professeurs et chargés de cours participent au fléau de la paresse. Dans un de mes cours, l'enseignant avait prévu de nous faire faire un travail de recherche à partir d'une documentation scientifique. Devant la réaction de plusieurs étudiants qui se plaignaient d'«avoir trop de travail», l'enseignant a fini par céder en exigeant dorénavant pour ce travail une simple recherche par internet, alors que le travail initial prévoyait une recherche d'articles et d'ouvrages spécialisés.

Je pourrais allonger cette liste sur des pages et des pages. Heureusement, les universités du Québec ont encore aujourd'hui des professeurs compétents qui ont à coeur leur profession et la réussite de leurs étudiants. Cependant, l'incompétence grandit, et elle a atteint aujourd'hui un seuil à donner des frissons.

Je dis oui à la hausse des droits de scolarité. J'espère seulement que cet argent supplémentaire ne contribuera pas à grossir la vague d'incompétence qui s'abat sur nos campus, mais bien à redonner à l'université l'image qu'elle mérite: celle d'un milieu du savoir, de dépassement de soi, et d'une formation de qualité.