Paul Shrivastava<br><br><i>L'auteur est directeur du centre d'études David-O'Brien sur la durabilité des entreprises à l'École de gestion John-Molson de l'Université Concordia.</i>





Si certains l'ont qualifié de campagne de dénigrement contre le milieu des affaires, d'autres espèrent qu'il renforcera la responsabilité des entreprises. Quelle que soit l'étiquette qu'on lui donne, le mouvement Occupons Wall Street ne saurait être ignoré. Il a dépassé les frontières de Manhattan et s'est propagé dans 185 villes de 82 pays.

Au square Victoria, des centaines de manifestants ont planté leurs tentes au pied des icônes de la finance internationale et des succursales des grandes entreprises québécoises. Le mouvement et ses ramifications remettent en question la légitimité des entreprises et la responsabilité des acteurs de la finance dans la crise économique qui frappe actuellement la planète.

Les manifestations se multiplient car les gens ne décolèrent pas. Ils assistent à l'affaiblissement des classes moyennes et à l'accentuation colossale des disparités de revenus, aux États-Unis comme dans les autres pays occidentaux. Les magnats de la finance qui gagnent jusqu'à 16 000 $ l'heure sont accusés de maintenir le salaire minimal bien en deçà de 16 $ l'heure.

Les suppressions d'emplois et l'externalisation pour conforter les bénéfices des entreprises sont la cause, selon les manifestants, du taux de chômage à deux chiffres qui frappe les pays industrialisés. Ils prétendent que les politiciens sont corrompus car ils sont financés par les grandes entreprises. À leurs yeux, les dirigeants des multinationales sont socialement irresponsables, dépourvus d'éthique et indignes de confiance.

Il est à espérer que ces manifestations soulèvent de sérieuses questions dans les écoles de commerce. De fait, le mouvement Occupons Wall Street remet en question les principes fondamentaux régissant les entreprises modernes et soi-disant inculqués par les établissements d'enseignement supérieur.

Même s'ils constituent le terrain de formation des chefs d'entreprise, les programmes de MBA n'abordent que superficiellement les questions d'éthique des affaires. Au Harvard Business School, classée parmi les meilleures du monde, les étudiants de première et de deuxième années ne doivent suivre qu'un seul cours consacré à l'éthique, malgré plus de 2000 heures d'études. Cela est nettement insuffisant.

La plupart des écoles de commerce enseignent aux futurs chefs d'entreprise l'art de gagner de l'argent et omettent de se pencher sur les éléments qui constituent une gouvernance d'entreprise juste et équitable. Rien de surprenant que, privés de notions d'éthique, les chefs d'entreprise ne disposent pas du cadre de référence leur permettant d'appréhender l'outrage moral que suscite l'impact social et environnemental des grandes entreprises à l'origine du mouvement Occupons Wall Street.

Alors que les écoles de commerce examinent pourquoi le public ne fait pas confiance aux entreprises et à leurs responsables, elles devraient également s'interroger sur leur propre complicité dans la formation de chefs d'entreprise imparfaits. L'enseignement de la gestion doit se concentrer sur la durabilité sociale, écologique, éthique et économique des entreprises et sur leur rôle légitime dans la société.

Les chefs d'entreprise de demain doivent apprendre qu'il leur faut gagner la confiance du public. Pour cela, l'éthique et la durabilité doivent devenir des matières centrales des programmes de gestion.

Pour ce faire, les écoles de gestion doivent s'orienter dans la bonne direction. Ainsi, le Centre d'études David-O'Brien sur la durabilité des entreprises de l'École de gestion John-Molson, à l'Université Concordia, a organisé l'an dernier une conférence sur l'élimination des cloisonnements, qui a mené à la création du World Business School Council for Sustainable Business, qui cherche des solutions de rechange aux modèles de MBA actuels.

Le monde des affaires ne se résume pas à faire de l'argent. La durabilité, l'équité et l'éthique doivent en être les pierres angulaires et servir de base aux cursus des écoles de commerce.

La survie à long terme des entreprises, petites et grandes, dépend d'un leadership à la fois durable et éthique. Le mouvement Occupons Wall Street est un coup de semonce pour les écoles de commerce et doit les inciter à mettre l'éthique au coeur de la formation des chefs d'entreprise.