Depuis un bon moment, les commissions scolaires souffrent d'un sérieux déficit d'amour et de crédibilité.

Publié le 21 oct. 2011
Guy Gagné
L'auteur, retraité, a été cadre dans le secteur de l'éducation pendant plus de 30 ans et est détenteur d'une maîtrise en administration.

L'ADQ souhaite  carrément leur disparition. La coalition de François Legault veut décentraliser une partie de leurs responsabilités vers les écoles, puis les réduire à 30 et les fusionner avec les bureaux régionaux du ministère de l'Éducation. Les directions d'écoles s'estiment mal desservies et réclament  plus de pouvoirs. La population les trouve trop bureaucratiques et pas suffisamment démocratiques. On leur reproche même d'accumuler des surplus (quel bonheur si  les gouvernements et  les organismes publics avaient tous ce «défaut »).  Et voilà que le gouvernement, ne voulant pas être en reste, entend les transformer en coopératives de services tout en amputant 50% de leur budget.

Il y a actuellement dans la province 2886 écoles, soit une moyenne de 42  écoles par commission scolaire; celles-ci accueillent 1 030 000 jeunes et emploient 119 800 personnes. Quelle que soit la structure administrative retenue, la formation devra continuer d'être donnée. Si par hypothèse, on faisait  disparaître les commissions scolaires (ce qui fut jugé anticonstitutionnel au Nouveau-Brunswick), qu'arriverait-il? Les responsabilités et  les activités seraient vraisemblablement partagées entre le ministère et les écoles. Face à une plus grande concentration de pouvoirs à Québec,  quels  seraient alors les gains en terme d'efficacité, de sensibilité aux besoins locaux, d'économie? Difficile de les imaginer!

Si on empruntait la formule Legault de fusionner centres administratifs  et bureaux régionaux en 30 entités distinctes, les expériences récentes de fusion, défusion, refusion  sont loin d'avoir répondu aux attentes: c'est évident maintenant qu'elles ont généré des coûts plus élevés et diminué la cohésion.

Si beaucoup plus  de responsabilités étaient dévolues aux écoles elles-mêmes, chacune de celles-ci, incluant les 715 qui ont moins de 100 élèves, devrait se doter d'effectifs en pédagogie, en ressources humaines, en finances, en entretien de bâtiment, en informatique, en transport, etc. plutôt que de faire  appel  à celles du  centre administratif.  On créerait alors 2886 mini-commissions scolaires et les coûts exploseraient, même après avoir hypothétiquement créé des coopératives  de services dans certains secteurs.

C'est un fait que les écoles ne sont pas toujours bien desservies, mais ça tient d'abord  au niveau de ressources financières allouées par le ministère. Les directions d'écoles se plaignent également de crouler sous la paperasse exigée par le centre administratif, mais dans la grande majorité des cas, ce sont des demandes qui émanent du ministère. La  tendance  de celui-ci  est de plus en plus d'allouer des budgets réservés à une activité spécifique et d'exiger des rapports très détaillés y compris pour des montants minimes. Un simple exemple d'alourdissement en provenance du ministère : antérieurement, les commissions scolaires déposaient un rapport financier  par année vérifié  par une firme externe; maintenant, le ministère en exige quatre dont deux vérifiés.

La réalité est que la réorganisation qui s'imposait a été faite en 1998 lorsque les commissions scolaires sont  passées  de religieuses à linguistiques  et que leur nombre a été divisé par quatre. Avec une moyenne de 42 écoles par commission desservant 15 000 élèves, celles-ci ont une masse critique suffisante pour se doter de ressources spécialisées et  répartir les services entre les écoles à un coût compétitif.

Selon moi, les principales améliorations à apporter sont au niveau de la gouvernance. Seulement 8% des citoyens vont voter aux élections scolaires et rien n'indique que les choses vont changer parce que lorsqu'on n'a pas d'enfants à l'école, quel intérêt y a-t-il à voter? Et même lorsqu'on en a, on est peu incités à le faire parce que finalement, le pouvoir des commissaires est mince. Pourquoi les conseils de commissaires ne seraient ils pas remplacés par des conseils d'administration comme dans les cégeps, les universités, les services de santé (sauf trois élus), les garderies? Conseils qui  incluraient des parents en provenance  des conseils d'établissement, des directeurs d'écoles, des représentants des cégeps et du marché du travail (à qui on destine les étudiants), possiblement des professeurs, tous des gens  très intéressés  à la réussite des jeunes et au bon fonctionnement de l'organisation.

On objectera  sans doute que du fait qu'il y a taxation, il doit y avoir représentation. Effectivement, il y a 1,5 milliard de dollars perçus en taxes scolaires, mais les taux de taxation sont largement paramétrés par  Québec,  lequel fait ensuite de la  peréquation entre les commissions scolaires. Donc pas réellement d'autonomie locale là-dessus. Rien n'empêcherait  le gouvernement de demander aux municipalités de percevoir ces sommes et de les lui remettre à titre de source de financement pour l'éducation. Le changement serait neutre pour tous et en prime on éviterait des dédoublements dans les effectifs  affectés à la perception des taxes.

Tout n'est pas parfait dans le monde des  commissions scolaires, mais il faut éviter de se lancer à corps perdu dans un grand chambardement des structures opérationnelles et surtout de jeter le bébé avec l'eau du bain!

Le ministère a aussi un grand examen de conscience à faire dans ses relations avec les commissions scolaires et ses artisans. Que l'on se souvienne du cafouillage dans le cas des compétences transversales et du bulletin scolaire! De plus,  penser décentraliser les services vers les écoles sans en affecter la quantité et la qualité tout en réduisant les coûts de 50% relève de la pensée magique!