La semaine dernière, le premier ministre Jean Charest s'est rendu en Chine à la tête d'une importante délégation composée essentiellement de gens d'affaires. Le but de sa visite était d'encourager les échanges économiques entre le Québec et la Chine et d'attirer des investissements chinois dans le Nord québécois. Après une tournée européenne en juin, il s'imposait que le premier ministre se tourne ensuite vers l'Asie.

Charles-Louis Labrecque<br><br><i>L'auteur est chercheur associé postuniversitaire à la Fondation Asie Pacifique du Canada et doctorant en science politique à l'Université Laval.</i>

En pleine époque d'instabilité économique mondiale et de tourmente financière aux États-Unis, les raisons sont nombreuses pour justifier ce voyage. Il va se soi que le gouvernement québécois tente de solidifier ses rapports économiques et politiques avec un partenaire commercial qui gagne si rapidement en importance.

Toutefois, face à la nécessité d'accroître ses relations avec la Chine, le gouvernement québécois ne devrait pas se limiter à faciliter les échanges commerciaux. La Chine constitue pour le Québec beaucoup plus qu'un simple partenaire commercial à courtiser. Par son incroyable croissance économique, l'idéologie et la résilience du Parti communiste chinois, de même qu'en raison de l'importance de sa population, la Chine représente davantage que la principale puissance émergente; elle est appelée à bouleverser l'ordre international en entier.

Au moment où le gouvernement fédéral resserre ses liens avec la Chine en travaillant en parallèle à l'élaboration d'une politique cohérente à l'égard de Beijing et que diverses entités sous-nationales d'ailleurs au Canada - telles que les Premières Nations de la Colombie-Britannique - mettent en place leur propre stratégie chinoise, la stratégie du Québec pour faire face à l'émergence de la Chine s'apparente à celle d'une autre époque.

Certains partenariats conclus durant la mission commerciale représentent de belles occasions d'augmenter les liens du Québec avec la Chine, mais si le Québec désire profiter et non subir les conséquences de la montée en puissance de la Chine, il devra faire bien plus.

Le gouvernement québécois a certes renforcé au cours des dernières années ses effectifs en Chine, mais il devra aller bien au delà de simplement chercher à faciliter les transactions économiques entre entreprises québécoises et chinoises. Le Québec doit se doter d'une réelle «stratégie chinoise».

La Chine est identifiée parmi les pays prioritaires pour le déploiement de l'action du Québec à l'étranger dans sa Politique internationale du Québec de 2006, mais l'élaboration d'un plan à long terme d'engagement de la Chine permettrait au gouvernement québécois d'envisager spécifiquement sa montée en puissance et d'aider le Québec à y faire face. Le Québec se doit d'augmenter son intérêt pour la Chine, mais d'une façon beaucoup plus approfondie.

Au delà des actuels problèmes économiques aux États-Unis et en Europe, le monde vit une mutation sans précédent. Le transfert du pouvoir économique et politique de l'Occident vers la Chine s'accélère et cette transformation semble beaucoup plus difficile à saisir pour le Québec que pour les provinces de l'Ouest du Canada où la Chine fait davantage partie du quotidien. Si le Québec a jadis été géographiquement favorisé par son ouverture sur l'Atlantique, il est aujourd'hui désavantagé par son éloignement du Pacifique.

Un récent sondage réalisé par la Fondation Asie Pacifique du Canada révélait que le Québec est la province qui accorde le moins d'importance à la Chine pour l'avenir économique du pays. Seulement 38% des Québécois lui accordent une importance élevée, comparativement à plus de 50% en Colombie-Britannique.

Se méprendre sur les impacts qu'aura la Chine sur la réalité québécoise de demain pourrait entraîner des conséquences des plus néfastes pour le Québec. Il serait bête de ne pas s'y préparer adéquatement.