Venant de divers milieux professionnels, les auteurs signent ce texte à titre personnel.    

Mis à jour le 9 sept. 2011
Daniel Baum, Martin Coiteux, Simon Jodoin, Mélanie Joly, Jérôme Lussier, Julien McEvoy, Pierre-Yves McSween, Martine St-Victor

Huit ans après l'appel de Bernard Landry, la saison des idées bat enfin son plein au Québec. Lancée par le tandem Legault-Sirois, accélérée par la dernière élection fédérale et alimentée par l'implosion du Parti québécois, la vague déferle depuis quelques mois. Le Québec a une soif sauvage de changement.

Tous sentent la vague. Plusieurs bonnes idées circulent. Mais le grand projet rassembleur manque encore.

Pour François Legault, il est temps de mettre de côté les querelles entre souverainistes et fédéralistes pour s'attaquer aux problèmes concrets du Québec, notamment en éducation et en santé. Pour Bernard Drainville et d'autres, il faut plutôt s'attaquer à la culture politique et rapprocher les citoyens de la chose publique. À chaque extrémité du spectre politique, Québec solidaire et le Réseau Liberté Québec proposent eux aussi des idées de réformes.

Nous n'avons pas la prétention de parler au nom de tous les Québécois. Mais contrairement à d'autres, nous n'avons ni bannière partisane, ni candidature, ni idéologie à vendre.

Nous croyons que les Québécois sont majoritairement las des chicanes de drapeaux. Les hommes et femmes ordinaires ne se réveillent pas la nuit pour réfléchir au statut constitutionnel de leur province, mais pour s'inquiéter de la réussite scolaire et de l'avenir professionnel de leurs enfants, des soins que reçoivent leurs parents malades, de la sécurité de leurs ponts et routes, et de la dette économique et environnementale qu'ils légueront à leurs suivants si rien ne change. Ils rêvent d'une nouvelle équipe du tonnerre, qui travaille sans partisanerie, dans tous ces domaines, à remettre le Québec sur le chemin de l'excellence et de la fierté.

Évidemment, rien ne sert de mettre de côté le vieux débat de la souveraineté si c'est pour relancer la guerre linguistique. Les Québécois tiennent certainement à protéger leur culture et leur histoire, mais l'artillerie lourde préconisée par certains - surveillance linguistique accrue, loi 101 plus envahissante et coercitive, assimilation forcée des nouveaux arrivants - date d'une autre époque. La défense identitaire via le corset législatif ne convainc plus. Le Québec se tire dans le pied en voulant à tout prix rendre sa culture obligatoire; elle doit, plus que jamais, devenir désirable.

Nous croyons que les électeurs veulent faire le ménage, et de manière urgente. Ils veulent s'attaquer aux déficiences graves des réseaux de santé et d'éducation. Ils veulent la transparence partout, et la fin de la collusion et du copinage. Ils veulent réduire leur dette collective de manière décisive et responsable. Ils veulent une fiscalité plus juste et respectueuse des efforts de chacun. Ils veulent des politiques minières, énergétiques et environnementales dignes du XXIe siècle, des mesures de conciliation travail-famille intelligentes, et un regard lucide sur les conséquences du vieillissement de leur société. Ils savent que, dans leur forme actuelle, les services publics qu'ils financent ne sont pas viables à long terme, et ils sont prêts à lever des tabous pour les remettre sur les rails.

Les Québécois ne sont ni radicaux, ni idéologues, mais ils voient rouge quand ils croient leur gouvernement pris en otage par des intérêts particuliers, d'entreprises ou de syndicats, qui défendent chacun leurs «acquis» à l'encontre de l'intérêt public.

Finalement, et crucialement, le Québec a besoin de réformes démocratiques: un mode de scrutin plus respectueux de l'égalité et la diversité des électeurs, et un assouplissement important des lignes de parti. Le cynisme et le désintérêt pour la chose publique sont une conséquence directe de l'impression qu'une majorité de votes sont gaspillés à chaque élection, et que des candidats intéressants se transforment en perroquets serviles une fois élus.

À l'âge de l'information et de l'autorité diffuses, on ne peut plus espérer dicter sa volonté à des masses dociles. On n'attirera jamais de personnalités fortes et indépendantes en politique en leur promettant le musellement partisan, et on ne convaincra pas les jeunes (et les moins jeunes) de voter tant qu'on ne garantira pas que chaque vote compte.

Les partis qui s'accrocheront aux anciennes façons de faire - des pratiques qui déconsidèrent la politique dans ce qu'elle a de noble et d'inspirant - auront l'air de ce qu'ils sont: des vieux partis.

Et les Québécois en ont marre de la vieille politique.