J'ai quitté le Parti québécois parce que mon parti s'est fait le porteur du projet de loi 204, lequel a pour conséquence de priver les citoyens du droit de contester une décision gouvernementale devant les tribunaux. Il s'agit d'un droit fondamental, renié par pur électoralisme, ce qui ne distingue plus le PQ du parti gouvernemental actuel. De plus, ce choix du PQ s'ajoutait au malaise grandissant que je vivais face aux «dérives du bipartisme» hérité du parlementarisme britannique.

Mis à jour le 7 sept. 2011
Pierre Curzi

L'auteur est député de Borduas à l'Assemblée nationale.

Ce système impose aux deux partis dominants une dynamique d'affrontement entre deux clans menés par des chefs qui doivent se montrer soutenus par la totalité des députés de leur caucus tenu dans une main de fer : c'est la fameuse ligne de parti. Dans ce système, tous les coups sont permis puisqu'il faut gagner la bataille et montrer au Québécois quel chef est le plus fort. Les deux grands partis acceptent cette dynamique de destruction mutuelle puisqu'ils savent que l'alternance les remettra au pouvoir un jour ou l'autre et qu'après en avoir souffert, ils en profiteront. Cette culture bloque le Québec puisque les élus de partis opposés sont dans l'obligation de critiquer toutes les interventions, même sensées, de leurs adversaires. C'est tout le contraire d'une culture de coalition et de collaboration nécessaire au bien-être de la population. Ce comportement des élus, imposé par les règles du système, a grandement contribué au rejet de leur classe politique par les citoyens. Le système parlementaire britannique concentre tous les pouvoirs entre les mains du premier ministre et de son entourage ; il est le premier ministre, le chef du gouvernement et le président de son parti. Il n'y a pas de système de contrepoids à moins qu'il y ait un gouvernement minoritaire.

Et surtout il n'y a aucune place pour les citoyens. Dans les faits, ce système permet à un premier ministre et à son gouvernement d'exercer tous les pouvoirs même si la majorité de la population ne les a pas appuyés lors de l'élection. Depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale, au Québec, cinq gouvernements seulement ont réussi à obtenir plus de 50%des suffrages. En 2008, pour la première fois dans l'histoire des élections au Québec, on enregistrait une quatrième baisse consécutive du taux de participation, soit 57%. Il y a donc 43% des électeurs qui n'ont pas voté. Comme les libéraux n'ont obtenu que 42%du vote des 57%d'électeurs inscrits, nous avons un premier ministre qui gouverne avec l'appui réel de seulement 24% de ceux qui peuvent voter. Si, par surcroît, son organisation politique est soutenue financièrement et médiatiquement par les forces du statu quo économique et politique, quels intérêts servira-t-il? Ceux des citoyens du Québec ou ceux de ces grands groupes qui l'ont mis en place? Moins les citoyens se sentent représentés correctement, moins ils participent à l'exercice démocratique et plus les groupes d'intérêts peuvent influencer directement les hautes instances décisionnelles. Ce système permet d'exercer tous les pouvoirs sans besoin de négocier avec les représentants d'une majorité de citoyens.

Si les citoyens du Québec désirent réellement des changements profonds et s'ils veulent des élus qui tiennent compte de leurs désirs et de leurs volontés, ils doivent changer leurs institutions politiques en commençant par l'évacuation du mode de scrutin actuel au profit d'une représentation proportionnelle. Les citoyens devraient exiger de tous les partis politiques qui seront en lice aux prochaines élections de non seulement inclure cette proposition dans leur plateforme, mais aussi d'en faire un enjeu électoral. C'est le premier pas vers la reprise en main démocratique du gouvernement par la population du Québec.