L'idéal politique est de rendre possible ce qui est nécessaire... Cet idéal est-il en perte de vitesse, à moins que le monde soit devenu plus difficile à gérer? Le manque de leadership est criant partout, que ce soit en Europe, aux États-Unis et même en Chine.

Laurent Desbois<br><br><i>L'auteur est président de Fjord Capital.</i>

La dette publique de la zone euro est inférieure à celle des États-Unis, mais la multitude de souverainetés aggrave la crise de dette souveraine et bancaire, d'abord en Grèce, puis dans les autres pays endettés. Des solutions proposées aideraient à résoudre ces problèmes urgents, mais exigent un grand saut vers l'unification de l'Europe: union fiscale (du moins partielle), et création d'obligations européennes qui financeraient une partie des dettes nationales. Ces solutions s'inscrivent dans la suite logique et nécessaire d'une union monétaire.

Les chances d'implanter ces mesures sont à ce jour quasi nulles, à cause de la dynamique politique dans plusieurs pays, dont la Finlande, les Pays-Bas et surtout l'Allemagne. L'intérêt national à court terme reste supérieur à l'intérêt européen, et un transfert nécessaire de souveraineté au profit d'une fédération européenne ne se produira pas sans que l'Europe soit au bord du gouffre économique.

Les États-Unis ont deux problèmes: d'une part, une croissance faible et un chômage élevé, et d'autre part, une dette incontrôlable à long terme. Pour stimuler la croissance, il faudrait des projets d'infrastructure, des investissements dans l'éducation et la recherche, des mesures pour la création d'emplois et des programmes d'allègement d'hypothèque. À long terme, il faudrait réduire les engagements sociaux insoutenables de l'État. Le discours le 5 septembre du président Barack Obama sur la création d'emplois sera important pour l'économie à court terme, mais les républicains, sous l'influence du Tea Party, n'acceptent que la réduction des dépenses, au détriment de l'économie.

Bref, autant en Europe qu'aux États-Unis, les gouvernements sont paralysés au point de causer une perte de confiance et de mettre l'économie en péril.

Devant l'incapacité de ces gouvernements, les banques centrales européenne et américaine (ECB et Fed) ont dû intervenir pour stabiliser la situation, en achetant des bons du Trésor aux États-Unis, en Espagne, en Italie, etc. Mais du propre aveu de ces banques centrales, ces interventions n'aideront pas à repartir l'économie de façon importante, car la situation actuelle présente des défis structurels que seul un gouvernement peut régler.

En Chine, leader mondial de l'économie, on a depuis longtemps misé sur une croissance basée sur les exportations et les investissements publics dans les infrastructures et l'immobilier. Or, cette situation n'est pas soutenable. Comme la croissance en Occident restera faible, les exportations chinoises ne croîtront pas assez vite. De plus, les investissements en Chine sont trop élevés, représentant 50% du PIB, par rapport à 35% dans les pays émergents.

Reste donc la consommation intérieure pour permettre à la Chine de croître à long terme. Or, cette consommation est limitée par l'absence de filet social qui inciterait la population à épargner moins pour consommer plus.

Conscient de ces enjeux, le gouvernement chinois s'est engagé à augmenter la part de la consommation dans l'économie. Mais changer la structure économique ne sera pas facile. Il est plus facile pour le gouvernement de contrôler le niveau d'investissement public que celui de la consommation. Et d'importants groupes d'intérêts, dont les exportateurs et l'appareil de l'État, s'opposeront à ces changements.

Partout, les politiciens doivent prendre des décisions cruciales pour permettre à leur économie nationale de prospérer pour la prochaine génération. Les gouvernements oseront-ils opter pour des politiques difficiles malgré l'opposition d'une bonne partie de leur population? L'art du possible, tout comme celui du nécessaire, est vraiment difficile ces temps-ci...