Au Québec, la montée à la fois récente et spectaculaire du NPD dans les intentions de vote est une source de fascination envers ce parti traditionnellement marginal dans la Belle Province. Paradoxalement, en Saskatchewan, considérée comme le berceau de ce parti de gauche, le NPD reste dans une situation précaire.

Mis à jour le 27 avr. 2011
Daniel Béland<br><br><i>L'auteur est titulaire de la chaire de recherche du Canada en politiques publiques à l'Université de la Saskatchewan.</i>

Aux élections fédérales de 2008, malgré une lutte très serrée dans le comté de Saskatoon-Rosetown-Biggar, dans lequel la candidate du NPD a été défaite par une marge de moins de 300 voix, le parti n'a remporté aucun siège dans la province. Comment le NPD en est-il venu là et quelles sont ses chances de remporter au moins un siège dans la province le 2 mai?

Fondé durant la première moitié des années 30, l'ancêtre du NPD actuel, le CCF (Co-operative Commonwealth Federation) est devenu le premier parti d'opposition en Saskatchewan dès l'élection provinciale de 1934. À l'époque, dans cette province encore très majoritairement rurale, le parti était ancré dans un «socialisme agraire» anticapitaliste. Une décennie plus tard, en 1944, le CCF prend le pouvoir dans la province. Dans les années qui suivent son élection, le socialisme laisse graduellement sa place à une vision sociale- démocrate qui propose de mieux encadrer le capitalisme au lieu de l'abolir. À cette époque, le chef du parti, Tommy Douglas, devient l'un des politiciens les plus influents au Canada, notamment dans le dossier de la santé.

Chassé du pouvoir dans la province en 1964, le NPD le reprend sept ans plus tard. Après deux mandats conservateurs dans les années 1980, le NPD gouverne à nouveau la Saskatchewan entre 1991 et 2007. Depuis l'automne 2007, toutefois, le Parti de la Saskatchewan dirigé par le très populaire Brad Wall est au pouvoir. À l'élection provinciale de l'automne prochain, il est à peu près certain que ce parti de centre-droit sera reporté au pouvoir, probablement avec un plus grand nombre de sièges qu'il n'en possède aujourd'hui. Le succès de M. Wall est inséparable du contexte économique et fiscal pour le moins favorable en Saskatchewan (surplus budgétaires et taux de chômage largement inférieur à la moyenne canadienne).

Historiquement, dans cette province, le NPD est plus populaire au provincial qu'au fédéral. C'est le cas depuis les années 90, où le Parti réformiste, suivi de l'Alliance canadienne et, plus récemment, du Parti conservateur de Stephen Harper, remporte de nombreux sièges. Actuellement, dans la province, 13 des 14 sièges au fédéral sont détenus par les conservateurs, alors que la circonscription qui reste est le fief du libéral Ralph Goodale, en poste depuis 1993. En fait, en Saskatchewan, le NPD n'est représenté par aucun député fédéral depuis la défaite de Lorne Nystrom (Regina-Qu'Appelle) aux élections de 2004.

Dans la présente campagne fédérale, la circonscription sur laquelle les troupes de Jack Layton fondent une bonne partie de leurs espoirs est celle de Saskatoon-Rosetown-Biggar, où habitent de nombreux Amérindiens, qui vivent souvent dans la pauvreté. Cette année comme en 2008, la conservatrice Kelly Block affronte la candidate néo-démocrate Nettie Wiebe, une universitaire et militante de gauche bien connue en Saskatchewan. Elle s'est entourée d'une équipe expérimentée, qui connaît parfaitement ce comté largement urbain, mais qui comprend également de vastes zones rurales (il n'existe pas de circonscription fédérale purement urbaine en Saskatchewan). Comme Block l'a emporté de justesse en 2008, tout est possible pour le NPD dans cette circonscription.

Pour le NPD, une victoire de Mme Wiebe représenterait une sorte de renaissance. Cependant, pour l'instant, le NPD semble avoir davantage le vent dans les voiles au Québec qu'en Saskatchewan, ce qui en dit long sur la pente qui lui reste à remonter dans «sa» province.