J'ai été profondément choqué et surpris par les sous-entendus racistes dans le texte, sous prétexte de pseudoscience démographique.

Yves Capuano<br><i>Économiste et mathématicien, l'auteur réagit à l'extrait du livre Le Remède imaginaire -Pourquoi l'immigration ne sauvera pas le Québec, de Benoît Dubreuil et Guillaume Marois, qui a été publié samedi dernier</i> LA PRESSE

L'argument démographique repose sur le sophisme suivant: les immigrants arrivent en général dans la fin vingtaine ou début trentaine et ils ont de la difficulté à s'intégrer tant économiquement et socialement. Les auteurs calculent ainsi les coûts de l'immigration et se demandent, puisque ces coûts affectent peu la pyramide des âges, si cela est avantageux pour notre société de faire venir des immigrants.

Bien sûr qu'une personne qui arrive ici à 25 ans fait beaucoup moins baisser la moyenne d'âge de la population qu'un bébé qui vient au monde. L'immigrant peut, par contre, faire des enfants ici, et là il viendra faire grossir la pyramide des âges.

Pour analyser l'impact économique de l'immigration, il faut considérer le coût de remplacement de cet immigrant par la mise au monde d'un enfant à partir de la grossesse de la mère jusqu'à l'âge de 20 à 25 ans, âges auxquels les enfants deviennent «rentables» pour la société, car ils se mettent à travailler et à payer de l'impôt. Si on tient compte de tous ces coûts sociaux, l'arrivée de l'immigrant adulte constitue en fait un vol économique à son pays d'origine.

Bien sûr que l'immigrant qui arrive ici à 30 ans engendrera des coûts d'adaptation à notre société. Mais si on les compare aux coûts totaux de «fabrication» d'un travailleur productif né ici, ils sont certainement inférieurs et marginaux! En plus d'économiser tous ces coûts, le choix d'un immigrant en santé et ne possédant pas de dossier criminel vient encore renforcer l'avantage économique de l'immigration. Les immigrants sont généralement les gens les plus dynamiques de leur pays. Il n'est pas surprenant de voir comment ils réussissent bien après quelques années dans notre pays; leur progéniture est souvent parmi l'élite de nos écoles...

Il est incroyable que, dans un pays voisin des États-Unis, des philosophes et démographes ne comprennent pas l'importance et les nombreux avantages de l'immigration dans notre société. Les auteurs véhiculent le message que les immigrants sont moins bien formés qu'ici - ce qui est souvent très discutable (on réussit à empêcher des médecins français, patrie de Pasteur, de travailler au Québec) - et qu'ils s'adapteront mal au Québec.

Cette attitude de ceinture fléchée et de fermeture me semble très déplorable et n'a pas du tout à sa place dans un journal comme La Presse.