J'en ai assez de ce festival du cadavre cycliste sur nos routes cet été.

Mis à jour le 6 août 2010
Isabelle Turcotte

L'auteure est une triathlète de Montréal.

J'en ai ras le bol de cette attitude du roi-auto au Québec, et de son agressivité face à tout ce qui n'est pas blindé de ferraille.

J'en ai plein mon casque (de bécyk!) de me faire klaxonner lorsque je m'entraîne à vélo pour me faire indiquer d'aller sur les pistes cyclables. Les vélos ont tout autant accès aux rues et aux routes que les voitures.

Quand je me déplace avec mon vélo urbain, j'ai beaucoup de plaisir à emprunter les pistes cyclables. Elles sont pratiques, agréables et bien gérées. Mais quand je m'entraîne, ce n'est plus le même sport. Ce n'est plus le même vélo non plus.

Les vélos d'entraînement sont nettement plus performants qu'un vélo hybride. Pour la même énergie déployée sur la pédale, on avance certainement deux fois plus vite. De plus, comme on s'entraîne, on a la patate qui est capable d'en prendre. Ce qui fait qu'à 25 ou 30 km/h, on commence à peine à sentir notre rythme cardiaque s'accélérer.

Quelle est la limite de vitesse sur une piste cyclable? 20 km/h. C'est parfait sur mon vélo urbain. Sur mon vélo d'entraînement, je trouve ça plate. Et au prix que je l'ai payé, j'ai envie d'en avoir pour mon argent.

J'éprouve un grand respect pour les autres cyclistes de tous les niveaux, patineurs et enfants qui empruntent les pistes cyclables. C'est merveilleux de voir autant de monde qui prennent plaisir à bouger... Mais rouler au-delà de 20 km/h parmi tout ce beau monde devient vite dangereux, autant pour moi que pour tous les autres.

Voilà pourquoi vous nous croisez sur les routes. Et, chiffres à l'appui, la course à pied et la bicyclette gagnent énormément en popularité... Vous, automobilistes, n'êtes donc pas près de nous effacer de votre champ de vision.

J'en ai assez de cette incompréhension mutuelle, de ce non-respect de chacun. J'ai même terriblement honte de ce comportement (unique au Québec) quand je vois débarquer les touristes ici. J'espère au moins que leurs guides touristiques les auront avisés au préalable de ces attitudes sauvages sur la route.

Avez-vous voyagé un peu? Avez-vous remarqué à quel point les automobilistes sont courtois partout, sauf au Québec, et à Montréal surtout?

Je l'adore, ma ville, mais j'ai souvent le sentiment qu'elle est infestée de gros nombrils poilus ambulants. Aucune considération pour tout ce qui dépasse les limites du territoire dudit nombril.

Comment se fait-il que lorsque je suis en voiture, je sois capable, moi, de regarder rapidement mon angle mort et me tasser à gauche pour éviter d'accrocher un cycliste... Et que je sois capable, aussi, de m'arrêter à un passage piéton pour le laisser traverser...

Comment se fait-il que lorsque je roule à vélo, je sois capable, moi, de ne pas prendre tout l'espace dans une voie et de respecter les codes de la route?

Comment se fait-il que lorsque je marche, je sois capable, moi, de regarder si des vélos s'en viennent avant de traverser une piste cyclable?

Comment se fait-il que, non seulement je sois capable de faire tout ça, mais qu'en plus ça ne me demande aucun effort? Aucun effort puisque c'est simplement intégré à ma façon de faire les choses. Si je peux le faire, il me semble que ça doit être accessible à bien d'autres aussi.

Pourquoi attendre une campagne de sensibilisation coûteuse sur le partage de la route avant de comprendre? Pourquoi ne pas simplement se prendre en charge collectivement? Ce n'est pas si compliqué, pourtant.