Dans un contexte de crise et de déficit budgétaire, le gouvernement actuel cherche à faire bouger le Québec sur la tarification des services. À voir les réactions du public, il faut se poser des questions : le consommateur ne pense-t-il qu'à son portefeuille? Manque-t-il d'ouverture sociale, de solidarité? Le gouvernement cherche-t-il à utiliser la crise pour faire passer ce qu'il a toujours nié vouloir faire lors de la dernière campagne électorale: l'augmentation des tarifs? Utiliser la menace de hausse de tarifs pour contrer les demandes du secteur public?

Mis à jour le 9 nov. 2009
Gérald Guimond LA PRESSE

Après la débâcle de la Caisse de dépôt, les scandales financiers et politiques, les escroqueries qui n'en finissent pas, les exemples d'évasion fiscale, il ne faut pas se surprendre de cette réaction publique.

Depuis quelques années, plusieurs études et interventions ont eu lieu concernant le mauvais état des finances publiques, le déficit croissant, la dette léguée aux générations futures (rapports Montmarquette concernant le coût des services et le service de la dette, commissions sur les soins de santé). La mauvaise habitude de gouverner par électoralisme, de repousser (pelleter) en avant les redressements (exemple : pas d'entretien des infrastructures pendant 30 ans) explique le cynisme d'une bonne majorité de la population.

Les gouvernements nous donnaient le mauvais exemple : pas de prévision pour les mauvais jours, pas de plan de remboursement de la dette. Depuis 1995, l'économie se portait bien, mais on n'a pas pris de précaution, même si on venait de traverser deux crises économiques de grande envergure; ces deux crises sont la cause de la croissance exponentielle de la dette. Non, on gouverne pour quatre ans, quitte à mentir effrontément! On se sert de crise pour enclencher des mesures qu'on n'a pas eu le courage de prendre, comme les morts à la suite de l'effondrement d'un viaduc, qui ont amené la restauration des infrastructures.

La situation actuelle demande un débat plus large avec des représentants de l'ensemble de la société : des états généraux régionaux et provinciaux. Des politiciens éclairés l'ont déjà fait : René Lévesque lors de la crise de 1982, Lucien Bouchard après 1996. Soit on considère le citoyen comme un vulgaire consommateur ayant un âge mental de 7 ans, soit on fait appel à son coeur, son intelligence pratique. Faire appel à la réflexion, c'est prendre le risque de responsabiliser, et d'avoir des surprises. Obama n'a pas hésité à le faire lors de sa campagne au leadership.

Il faudrait d'abord situer historiquement les réformes qui se sont faites depuis les années 1960, et prendre le temps de réfléchir : revoir les mentalités qui les ont soutenues, le contexte qui les a influencées.

Est-ce vrai que les Trente Glorieuses (1945-1975) ont donné une conviction de richesse inépuisable? Est-ce vrai que les Réformateurs ont vu trop grand, que ce qui a été mis sur pied ne correspond plus à nos moyens?

Et pourtant nous en avons ajouté depuis ce temps : le programme de soutien aux parents RQAP, l'assurance médicaments, les garderies... Et pourtant plusieurs intervenants constatent que notre société est de plus en plus malade, surtout mentalement.

Il y a peut-être un problème dans nos manières de faire : l'automatisme «un problème-un service» doit être remis en question... Est-ce qu'un service, ça parle, donne de la chaleur, réconforte, apporte de l'empathie? Curieusement, la solidarité institutionnelle a remplacé la communauté, et même parfois la concurrence. J'ai déjà vu des organismes protéger leurs services comme des chasses gardées : «Tu n'as pas à les contacter, c'est ma job!» On protège sa job!

J'accompagne actuellement des handicapés; je fais tout pour qu'ils se prennent en main, s'entraident, prennent des responsabilités.... entre eux, par eux, pour eux. Je vois des personnes devenir fières, confiantes, avoir le goût de prendre plus de responsabilités, relever des défis.

Le regroupement de personnes permet à bien des gens de garder un équilibre mental, remplace des soins médicaux. Comme dit Languirand, l'homme est un être tribal.

À Marseille, dans un immeuble de condos conçu par Le Corbusier, j'ai pu voir un espace pour les enfants; on m'a parlé d'un service de téléphone d'urgence dépannage pour quelqu'un qui a besoin de gardien pour ses enfants. J'ai vu le président arrêter à une porte pour s'informer de la santé d'une dame âgée (aspect sécurité) : une solidarité basée sur le voisinage qui remplace l'ancienne solidarité de la famille élargie, et élimine des services.

Ainsi on pourrait penser à quelqu'un qui aurait comme travail de susciter des regroupements pour échange de services (gardiennage, accompagnement et sécurité selon l'âge, commissions). Je connais un groupe de mères qui a été formé il y a 30 ans et qui s'entraident toujours; maintenant c'est leur vécu personnel qui est au centre du partage.

Ces réflexions donnent une idée des modifications qui pourraient résulter d'un sommet régional, pour aboutir à un nouveau contrat social, un effort équilibré consenti. Les gens de terrain voient facilement ce qui peut être modifié.

Le gouvernement devrait tout mettre en oeuvre pour décourager la fraude, les paradis fiscaux, l'évasion fiscale : s'il veut des idées, qu'il lise le livre de la fiscaliste Brigitte Alepin qui a écrit Ces riches qui ne paient pas d'impôt.

Le financement de services devrait favoriser des regroupements lorsque c'est possible. Le secteur de l'habitation devrait faire sa part pour favoriser la vie communautaire et l'échange de services.

C'est seulement à ce moment-là que les citoyens pourront accepter que l'augmentation des tarifs de l'électricité serve à réduire la dette en solidarité avec les jeunes générations, et que les autres hausses de tarifs servent à équilibrer le budget. Il faut éviter de régler les problèmes à la pièce.

Le gouvernement doit d'abord faire le ménage dans sa cour.

L'auteur est un enseignant retraité de Montréal, qui a écrit Réflexions et Questions sur les Boomers, un ouvrage qui est paru en mai 2009.