On parle beaucoup ces temps-ci de décrochage scolaire. Eh oui, c'est inquiétant. On parle d'enfants, bien sûr. Mais est-ce qu'on parle de leurs parents? Est-ce qu'on parle de ces parents qui, eux, décrochent? Que le problème du décrochage, ça commence à la maison, et non à l'école?

Nathalie D.

Étant enseignante au primaire depuis 16 ans, je constate (et certains de mes collègues aussi) que le milieu scolaire a certes une part de responsabilité, mais la plus grosse revient aux parents. Des parents qui ne savent plus quoi faire avec leur progéniture, qui font fi de leurs responsabilités.

 

Quelques exemples éloquents

- On appelle les parents à la maison ou au travail pour dire que leur enfant a manqué son autobus. On se fait répondre par le parent que ce n'est pas sa semaine, «envoyez-le au service de garde», ou qu'il n'a pas le temps, «qu'il marche»...

- On contacte un parent pour un problème de comportement. Il nous répond de nous arranger avec le titulaire et la direction, car il en a assez d'essayer de lui parler, à son enfant...

- On informe un parent que son enfant dérange (il parle, donne son opinion dans la classe sans lever la main) et répond à l'adulte sans cesse. On se fait répondre qu'il a le droit, son enfant, de s'exprimer ainsi...

- Un enfant se plaint à la maison d'être retiré de la classe continuellement, mais il omet de dire qu'il dérange sans cesse. Ensuite, l'enseignant se fait fustiger par le parent, car pendant ce retrait, son enfant n'apprend pas. Un parent qui a été avisé maintes fois...

Où est le parent dans tout ça? Le guide, celui qui pourvoit aux besoins affectifs, moraux et physiques de son enfant? Celui qui met des balises, des repères, qui ÉDUQUE, qui responsabilise, qui donne l'exemple. Où est-il?

Oui, la réforme est un échec. C'était à prévoir.

Mais le décrochage, ça concerne, de prime abord, les parents. Le milieu scolaire ne peut tout régler par lui-même.

C'est vraiment désolant et inquiétant de constater le nombre de parents absents, dont les enfants sont laissés à eux-mêmes, qui sont peu motivés parce que les parents ont abdiqué.

Combien d'enfants ai-je dans ma classe dans cette situation? Il y a des journées où nous avons le goût de pleurer. Comment, en tant qu'enseignante, puis-je donner le goût de la réussite à un enfant qui a de tels parents?

Un enfant qui n'a plus de guide (lire: parents) à la maison a le droit de faire ce qu'il veut. Il n'en a rien à cirer de ses résultats scolaires. Car ce qu'il veut faire, c'est ce qu'il veut, n'importe où, n'importe quand. Au diable l'effort!

«Mes parents, eux, s'en foutent, de toute façon. Ils me laissent faire ce que je veux. À quoi bon?» Bel exemple...

Il serait grand temps de passer du temps EGO.COM au temps RESPONSABILITE.COM.

L'auteure est enseignante dans une école primaire de la commission scolaire Marie-Victorin, à Longueuil. Exceptionnellement, La Presse a accepté d'omettre son nom de famille.