Il est fascinant de voir la vitesse à laquelle l'économie du Québec est en train de changer.

Publié le 9 avr. 2012
Martin Coiteux

L'auteur est professeur au service de l'enseignement des affaires internationales à HEC Montréal.
LA PRESSE

Il y a 10 ans, les investissements en immobilisations du secteur minier ne représentaient qu'une fraction de ceux du secteur manufacturier. En 2012, les sociétés minières devraient investir presque autant au Québec à ce chapitre que l'ensemble des entreprises manufacturières. Les emplois hautement rémunérés sont en train de migrer loin de la frontière américaine pour s'établir près des voies ferrées menant aux ports de la Côte Nord, d'où partent les navires en direction de la Chine.

Toute fascinante qu'elle soit, cette transformation est également source d'inquiétudes. On se demande bien ce qu'il adviendra d'un secteur manufacturier se rétrécissant dans l'indifférence générale. On se demande aussi si la classe politique qui s'est réveillée tardivement à la montée du secteur minier aura les bons réflexes. À cet égard, trois dangers nous guettent tout particulièrement.

Le premier réside dans l'application des recettes traditionnelles coûteuses pour les contribuables, comme la vente de l'électricité à un prix inférieur à son coût marginal. Le Plan Nord est encore jeune, mais il importe que le gouvernement précise s'il a l'intention d'appliquer aux sociétés minières le modèle qu'il applique déjà aux alumineries. Si tel est le cas, il faudra conclure que le Québec a décidé d'augmenter encore davantage ses subventions aux entreprises, alors qu'il se distingue pourtant déjà à cet égard comme champion toutes catégories des provinces canadiennes, sans pour autant obtenir de résultats probants en termes de richesse relative.

Le second danger réside dans la tentation de voir dans les mines la poule aux oeufs d'or qu'elles ne sont que très partiellement. Pour l'instant, le boom minier du Nord est surtout une affaire de minerai de fer. Depuis 2003, le prix de ce minerai a été multiplié par quatre sous l'effet de la demande apparemment insatiable de la sidérurgie chinoise. Il ne faudrait pas un énorme ralentissement de la construction en Chine pour que ce prix subisse une correction. La correction n'a pas besoin d'être spectaculaire pour que les intentions d'investissement des sociétés minières actives au Québec soient revues à la baisse.

Le coût marginal d'une tonne de fer québécois livré en Chine est pratiquement le double de celui d'une tonne extraite en Australie. Il y a peut-être une rente à aller chercher dans l'exploitation du fer québécois mais celle-ci est moins élevée et plus incertaine à moyen terme que ne le laissent supposer les discours de nos politiciens.

Le troisième danger réside dans la propension bien québécoise à mettre bien plus d'accent sur la redistribution de la richesse que sur sa création. Le gouvernement qui a haussé le taux des redevances tout comme l'opposition péquiste qui le pousse à les hausser davantage, font bien peu de cas du caractère non renouvelable de la ressource. Dans un Québec lourdement endetté et dont le secteur manufacturier est en déclin, la rente liée aux ressources ne devrait pas, pour le temps incertain au cours duquel elle durera, servir à financer les dépenses courantes ou de nouvelles promesses électorales. Elle devrait plutôt financer une réduction de la dette ou encore une réduction des taxes nuisant à la compétitivité des entreprises québécoises.

En somme, la classe politique québécoise devrait, pour une fois, mettre ses vieux réflexes au rancart. La transformation de l'économie québécoise liée au boom des ressources lui donne l'occasion d'essayer le chemin plus prometteur et par elle moins souvent fréquenté de l'analyse rationnelle des coûts et bénéfices.

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