Nous vous présentons le premier de deux éditoriaux sur l'entretien des infrastructures au Québec.

Mis à jour le 4 août 2011
François Cardinal LA PRESSE

On connaît maintenant les causes de l'effondrement d'une poutre dans le tunnel de l'autoroute Ville-Marie, ce qui empêchera la chute d'autres paralumes. Tant mieux. Mais cela ne réglera en rien le véritable problème à l'origine de l'incident de dimanche...

Ne perdons pas de vue que cet écroulement de béton n'a rien d'isolé, qu'il fait suite à ceux qui ont abîmé le Stade olympique, l'échangeur Turcot, le viaduc du Souvenir et celui de la Concorde, entre autres.

Le ministre Hamad peut donc accuser les firmes qui travaillaient dans le tunnel le week-end dernier tant qu'il le veut, ne soyons pas dupes: derrière son doigt accusateur se cache une évidente incurie gouvernementale, responsable non pas de chacun de ces effondrements, mais de l'état déplorable des infrastructures... sans lequel ces incidents n'auraient pas eu lieu.

Le réseau routier québécois, celui de la métropole en particulier, souffre d'un sous-investissement consternant depuis au moins deux décennies. Les ponts, tunnels et viaducs se détériorent à grande vitesse et le gouvernement laisse faire, se ferme les yeux, se croise les doigts.

L'irresponsabilité crasse des élus provinciaux, déjà évidente, l'est encore plus depuis quelques années, alors que la Ville de Montréal a décidé, elle, de s'attaquer au problème. Le maire Tremblay a peut-être bien des défauts, mais s'il y a une chose qui l'honore, c'est sa volonté d'imposer des mesures nécessaires à long terme, aussi impopulaires soient-elles.

Depuis 10 ans, son administration a affronté vents et populisme en multipliant les ponctions fiscales, toujours dans un but précis. Elle a frappé le stationnement d'une taxe pour investir dans les transports collectifs. Elle a décrété une taxe spéciale sur l'eau pour retaper les canalisations. Elle a haussé les coûts des parcomètres pour répondre aux besoins des arrondissements. Et elle a fait bondir le coût de l'immatriculation dans le but de renflouer les coffres de la STM.

Pendant ce temps, à l'autre bout de l'autoroute 20, les élus québécois se sont croisé les bras, évitant de faire leur part. Pire, ils ont multiplié les bâtons dans les roues du maire Tremblay. Le ministre Hamad a refusé d'étendre les droits d'immatriculation à la région. Le ministre Lessard a refusé que Montréal ajoute une surcharge sur l'essence. Et la ministre Courchesne a refusé, hier encore, l'idée de ramener les péages.

On se complaît ainsi dans le business as usual, question de ne pas effrayer les électeurs, on s'en tient au strict minimum côté entretien et on investit avec parcimonie dans les transports en commun, imposant ainsi un double stress au réseau routier, qui ne le supporte tout simplement plus.

Or, aussi longtemps que le gouvernement laissera à d'autres les décisions impopulaires, les infrastructures continueront de ployer sous le poids de son irresponsabilité.

À lire demain: «Pour un péage régional».



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