Alex Harvey vient de se faire un prénom en ravissant à son père le titre de plus grand fondeur canadien de tous les temps.

François Cardinal LA PRESSE

Alex Harvey vient de se faire un prénom en ravissant à son père le titre de plus grand fondeur canadien de tous les temps.

«Le fils de» était déjà bien connu des initiés pour la place qu'il a su se tailler au sein de l'élite mondiale jeunesse, dont il a arraché le championnat fin janvier. Mais ses exploits des derniers jours ont prouvé qu'il pouvait non seulement concurrencer les meilleurs skieurs du monde, mais qu'il en faisait partie intégrante.

Déjà. À 22 ans...

Se rend-on compte, ici au Québec, où seul le hockey fait palabrer les amateurs de sports, à quel point il s'agit d'un exploit hors du commun? Pour en saisir l'ampleur, il faut visualiser les dernières secondes de la course haletante de mercredi en prêtant l'oreille aux 50 000 spectateurs massés dans le stade Holmenkollen: silence total...

Les Norvégiens étaient consternés de voir ce jeune blanc-bec au nom sans tréma émerger du brouillard devant les leurs, pourtant champions incontestés de ce sport depuis ses débuts.

Ce faisant, Alex Harvey a non seulement réussi ce que son père n'a jamais pu faire, il a réussi ce qu'aucun autre homme n'a accompli dans l'histoire du Canada: détenir une médaille des championnats du monde - une médaille d'or de surcroît!

La revue française L'équipe a fait référence cette semaine au «surprenant Alex Harvey». Et à la suite de sa médaille d'argent en Coupe du monde fin février dernier, le principal quotidien d'Oslo l'a rangé dans la catégorie des meilleurs fondeurs du circuit, avec les Cologna, Jönsson et Northug.

Évidemment qu'Harvey a un bagage génétique exceptionnel (grâce à son père, mais aussi à sa mère, athlète accomplie). Évidemment qu'il est «tombé dedans quand il était petit» (grâce à un traîneau inventé par son père quand il n'avait que quatre mois, traîneau devenu le Baby Glider de bien des parents québécois d'ailleurs). Évidemment qu'il possède tous les atouts de son père (cette grande capacité à gérer le stress, ce talent brut, cette détermination).

Mais plus encore, Alex Harvey jouit d'un avantage immense dont n'a jamais pu se prévaloir son paternel: du temps. Pierre Harvey a en effet débuté dans le sport à 19 ans. Il a décroché son premier titre à 30 ans, alors qu'Alex a eu le sien... à 15 ans!

Contrairement à son père, le jeune Harvey se lance donc dans les ligues seniors en comptant, à 22 ans, sur des années d'expérience, mais surtout, sur des années d'expérience... à venir. Il pourra ainsi se permettre bon nombre d'erreurs sans grandes conséquences, comme cette attaque précoce de dimanche, lors du 30 km, qui s'est soldée par une violente crampe l'ayant fait dégringoler du 1er au 12e rang.

Cela n'est pas à négliger dans un sport où les athlètes atteignent le sommet de leur forme vers 28-30 ans. Ce qui signifie qu'Alex Harvey gagnera en force, en constance et en maturité au fil des ans, des championnats... et des Jeux olympiques.

Comme il le dit lui-même, «le plus beau reste à venir».

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