Le débat entourant le transport de déchets nucléaires sur la voie fluviale est bien mal parti. En réaction au feu vert accordé par la Commission de sûreté nucléaire, qui conclut à un risque «négligeable», on tente de contre-vérifier ce dernier, de mesurer les chances d'un accident, de prévoir ses impacts... Bref, de quantifier l'«inquantifiable».

François Cardinal LA PRESSE

Le débat entourant le transport de déchets nucléaires sur la voie fluviale est bien mal parti. En réaction au feu vert accordé par la Commission de sûreté nucléaire, qui conclut à un risque «négligeable», on tente de contre-vérifier ce dernier, de mesurer les chances d'un accident, de prévoir ses impacts... Bref, de quantifier l'«inquantifiable».

La preuve en est cette douteuse comparaison du ministre Christian Paradis qui prétend que la dose de radiation des générateurs est moins élevée que celle d'un banal colis d'isotopes médicaux. Peut-être. Mais il oublie de préciser que ce dernier demeure radioactif quelques semaines, comparativement à... 24 000 ans pour les générateurs!

Le débat, de toute manière, n'est pas là. Il ne porte ni sur le degré de radioactivité des 16 générateurs à transporter ni sur la dangerosité du déplacement maritime en question. Car chaque jour, des marchandises dangereuses naviguent sur le fleuve, parmi lesquelles se trouvent des matières radioactives.

Le danger ne réside donc pas dans le risque de ce voyage en particulier... mais bien dans l'inquiétant précédent qu'il crée.

Jamais, à ce jour, des déchets nucléaires n'ont emprunté le Saint-Laurent. Et pour cause. Cela va à l'encontre de tous les principes entourant le traitement des déchets en général, et celui des déchets radioactifs en particulier.

La gestion des matières résiduelles, incluant les déchets domestiques, suit en effet un principe clé: la régionalisation de leur traitement. À chaque région ses déchets, et les déchets seront bien traités, en somme. Ce qui explique que l'on s'apprête à construire une usine de traitement des déchets organiques dans chacun des cinq secteurs de l'île de Montréal, en plus d'en bâtir une à Laval, une autre à Longueuil, etc.

À ce principe s'en ajoute un autre, qui ne concerne cette fois que les déchets nucléaires: ils doivent être conservés, traités ou recyclés à proximité de la centrale qui les a générés. Et ce, tant et aussi longtemps qu'une solution permanente n'est pas trouvée (cette philosophie, d'ailleurs, la Commission de sûreté nucléaire l'a toujours fait sienne - jusqu'à aujourd'hui).

Voilà pourquoi deux millions de grappes hautement toxiques dorment actuellement dans des entrepôts temporaires au pays (100 000 grappes à Gentilly). Et voilà pourquoi Ontario Power Generation entend creuser un dépôt bien enfoui dans les couches géologiques afin d'y stocker l'ensemble des déchets produits aux centrales Bruce, Pickering et Darlington.

Or en accordant un «arrangement spécial» aux 16 vieux transformateurs radioactifs, pour de strictes raisons financières, on en vient de facto à une normalisation de ce type de chargements. Car une fois ce transport réalisé, il n'y aura aucune raison de refuser ce traitement aux dizaines et dizaines de générateurs en fin de vie au pays, de même qu'aux centaines d'autres aux États-Unis.

Le risque pour les personnes et l'environnement sera alors très loin d'être «négligeable».

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