Plus de 50 jours après l'explosion de Deepwater Horizon, le pétrole continue de s'échapper dans le golfe du Mexique. Plus inquiétant encore: il ne semble plus y avoir de solution à portée de main pour contenir la marée noire à court terme.

François Cardinal LA PRESSE

Devant ce constat, que font les différents acteurs gravitant autour de cette crise? Ils fuient la responsabilité du problème.

 

Certes, cette réaction s'observe depuis les tout débuts, alors qu'ils étaient déjà nombreux à ne pas vouloir se salir les mains. Mais depuis quelques jours, au fur et à mesure que les estimations du déversement s'aggravent, cette déresponsabilisation prend de l'ampleur.

On l'a d'abord vu avec BP, qui a tenté de dissimuler la gravité des dégâts, qui a qualifié le tout de déversement «relativement mineur», qui a rejeté la faute de l'explosion sur les autres entreprises qui travaillaient sur la plateforme.

On l'a vu avec l'administration Obama, qui a laissé le contrôle des opérations à l'entreprise même par qui le désastre est survenu, qui a beaucoup trop tardé avant d'exiger des comptes de BP.

On l'a vu, aussi, avec les consommateurs, qui ne veulent pour rien au monde relier cette marée noire à leurs habitudes de conduite, qui nient toute responsabilité dans cette course risquée au pétrole enfoui en mer.

Puis on l'a vu de manière encore plus éclatante ces derniers jours, avec les nombreux actionnaires britanniques de BP, qui refusent catégoriquement que les problèmes de la pétrolière aient une répercussion sur leur portefeuille.

Comme s'il n'y avait aucun rapport entre les agissements d'une entreprise, sa valeur en Bourse et les dividendes qu'elle distribue annuellement...

De manière tout à fait surréaliste, samedi, Londres a ainsi intercédé auprès de Washington au nom des actionnaires. D'abord pour se dissocier de cette multinationale qui portait jadis le nom de British Petroleum, mais qui n'a aujourd'hui, dit-on, plus rien de britannique. Ensuite pour demander qu'on cesse d'accabler BP, le plus important distributeur de dividendes de la Grande-Bretagne...

«Il est dans l'intérêt de tout le monde que BP continue d'être une entreprise financièrement forte et stable», a indiqué le premier ministre Cameron.

Bref, dans des relents de déresponsabilisation qui rappellent la plus récente crise économique, on demande que les investisseurs qui ont longtemps profité des bénéfices inhérents aux risques pris par la pétrolière soient mis à l'abri le jour où les choses tournent mal.

Or la responsabilité du déversement, bien qu'elle incombe principalement à BP et au gouvernement américain, est aussi partagée par les consommateurs, qui demandent toujours plus de pétrole sans vouloir en payer le véritable coût, et les actionnaires de l'entreprise, financièrement impliqués, qui exigent des dividendes toujours plus imposants sans vouloir, eux non plus, en payer le coût.

C'est à une remise en question collective que la marée noire nous invite.

 

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