Les dépenses en médicaments ralentissent, signale l'Institut canadien d'information sur la santé (ICIS). Une bonne nouvelle qui soulève néanmoins des questions. En particulier au Québec, où l'on met plus d'argent là-dedans que n'importe où au pays.

Ariane Krol LA PRESSE

Les dépenses en médicaments au Canada ont augmenté de 4,8% l'an dernier, le plus faible taux de croissance en 14 ans. Ça se reflète sur les dépenses par habitant, qui ont progressé de 3,6% seulement.

Les baisses de prix négociées par certaines provinces sur les médicaments génériques commencent à se faire sentir. Des médicaments d'origine à gros volume, servant à contrôler l'hypertension et le cholestérol, ont aussi vu leur brevet expirer, ouvrant la porte aux génériques, plus abordables.

Les médicaments continuent donc à nous coûter moins cher qu'aux Américains. Mais c'est bien la seule comparaison qui nous avantage. Aucun pays ne dépense autant par habitant que le Canada à part, justement, les États-Unis. D'autres pays membres de l'OCDE, comme l'Allemagne ou le Royaume-Uni, s'en tirent à bien meilleur compte. N'y aurait-il pas moyen de mieux négocier les prix?

La question est encore plus pertinente au Québec, province où l'on dépense le plus en médicaments d'ordonnance: 883$ par habitant, soit 15% de plus que la moyenne canadienne. Une conséquence de notre assurance médicaments et, surtout, du privilège accordé aux médicaments d'origine.

La pertinence de notre assurance médicaments ne fait pas de doute. On l'a entendu durant la campagne électorale: dans le reste du Canada, des patients se privent des médicaments dont ils ont besoin faute de moyens. Si c'est le prix à payer pour réduire la moyenne de dépenses par habitant, non merci. Il faudrait cependant s'assurer que notre régime n'a pas d'effets pervers - qu'il n'incite pas à prescrire des médicaments qui ne sont pas indispensables, par exemple.

La pertinence de la règle des 15 ans, par contre, nécessite un sérieux réexamen. Rembourser les médicaments d'origine durant 15 ans, environ 2 ans de plus qu'ailleurs, coûte de plus en plus cher à la province. Québec se prive, durant ces deux années, d'importantes économies que pourraient lui procurer les médicaments génériques. Les sociétés pharmaceutiques, par contre, ont supprimé beaucoup d'emplois dans la région au cours des dernières années.

En avons-nous encore pour notre argent? C'est difficile à croire. Nous avons très hâte d'avoir l'analyse du ministère des Finances là-dessus. Il ne s'agit pas d'abandonner ce secteur extrêmement porteur. Mais il est temps de dépoussiérer cette entente pour qu'elle redevienne aussi avantageuse qu'à sa création.

Les médicaments représentent désormais 20% des dépenses de santé québécoises. La proportion la plus élevée au pays, et qui a plus que doublé en 25 ans. Si on veut maintenir les coûts de santé à un niveau où l'on est capable de les assumer, il est essentiel contrôler ce poste budgétaire.

akrol@lapresse.ca

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