Un système qui oblige les travailleurs à économiser pour leurs vieux jours tout en les incitant à repousser l'âge de la retraite? C'est possible, a constaté notre collègue Stéphanie Grammond en Suède et en Norvège. Des modèles inspirants pour une société comme la nôtre, où les individus n'épargnent pas assez et où la Régie des rentes (RRQ) peine à se maintenir à flots. Toutefois, un tel virage est difficilement envisageable sans un profond changement de valeurs.

Ariane Krol LA PRESSE

Un système qui oblige les travailleurs à économiser pour leurs vieux jours tout en les incitant à repousser l'âge de la retraite? C'est possible, a constaté notre collègue Stéphanie Grammond en Suède et en Norvège. Des modèles inspirants pour une société comme la nôtre, où les individus n'épargnent pas assez et où la Régie des rentes (RRQ) peine à se maintenir à flots. Toutefois, un tel virage est difficilement envisageable sans un profond changement de valeurs.

La transformation que la Suède a imposée à son système de retraite il y a 15 ans a fait école. Plusieurs pays européens s'en sont inspiré. En Suède, 18,5% du salaire va au financement de la retraite, mais les prestations sont étroitement liées aux contributions. Si les Suédois devront bosser plus longtemps pour une retraite équivalente, chaque journée travaillée compte. Et pour assurer la viabilité à long terme du régime sans qu'il soit nécessaire d'augmenter les cotisations, on ajuste les rentes.

Les Norvégiens ont des revenus pétroliers pour les aider à financer les retraites, mais ils ont aussi beaucoup de discipline. Le gouvernement ne peut pas utiliser plus de 4% de l'argent de l'or noir chaque année. Et les citoyens continuent à payer jusqu'à 47% d'impôt et 25% de taxes sur leurs achats. Ce qui n'a pas empêché l'État d'obliger toutes les entreprises à offrir un régime de retraite à leurs employés. Un contraste avec le Canada, où les trois quarts des travailleurs du secteur privé n'en ont pas.

Le modèle scandinave, encore une fois, paraît bien séduisant. Ce qui ne veut pas dire qu'il puisse être copié-collé sur notre réalité. Celle-ci est en effet bien différente.

La réforme suédoise s'est faite à la faveur d'une crise aigüe, lorsqu'il est apparu évident que le système en place n'était plus viable. Ici, on commence à peine à parler de la fragilité de la RRQ et de l'appauvrissement qui guette les futurs retraités. Le constat est documenté, mais il est loin d'être partagé par la population.

En Norvège, c'est le patronat qui a demandé que toutes les entreprises soient obligées d'offrir un régime privé. Vu d'ici, c'est le monde à l'envers... tout comme la réaction des retraités, qui encaissent des réductions de rentes sans broncher depuis deux ans.

Et pour ce qui est de retarder l'âge de la retraite, ces deux pays ont une longueur d'avance. Le taux d'emploi des 55-64 ans tourne déjà autour de 70%, contre moins de 58 % au Canada.

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L'expérience scandinave fait néanmoins réfléchir. Les comptes retraite obligatoires des travailleurs drainant une épargne considérable, on a utilisé cette masse critique pour négocier des frais de gestions très bas. Un avantage que les Canadiens n'ont pas en gérant leur REÉR individuellement.

Et le REÉR obligatoire proposé par Claude Castonguay aurait sans doute été rejeté moins vite s'il avait pu compter, comme les comptes des pays scandinaves, sur une contribution minimale de l'employeur.