Pas de panique! Rien ne permet de croire que la nouvelle entente autorisant la libre circulation des médecins entre le Québec et l'Ontario va entraîner un exode de nos praticiens vers la province voisine. Par contre, il faut se donner les moyens de suivre la situation et de mesurer les impacts futurs de cet accord.

Ariane Krol LA PRESSE

Depuis le 1er août, les médecins québécois qui veulent exercer en Ontario n'ont plus grand paperasse à affronter. S'ils ont un permis de plein exercice et peuvent fournir un certificat de bonne conduite professionnelle, leur demande sera acceptée en moins d'un mois. Le chemin inverse est aussi facile pour les médecins ontariens diplômés depuis 1994. Les autres devront attendre quelques semaines encore, le temps que l'Office des professions fasse quelques modifications administratives.

 

Cela dit, il ne faut pas compter sur un afflux de médecins ontariens pour régler nos problèmes de pénurie. Plusieurs facteurs risquent en effet de dissuader les candidats qui pourraient être intéressés à venir exercer ici. La langue, puisqu'il faut parler français pour avoir le droit de pratiquer au Québec. Les tarifs, moins généreux qu'en Ontario, surtout pour les spécialistes. Et les fameux PREM (plans régionaux d'effectifs médicaux), qui ne permettent pas aux médecins de pratiquer où bon leur semble.

L'entente se soldera-t-elle par une perte nette de médecins québécois? Si elle leur ouvrait un marché fermé à double tour, on pourrait s'inquiéter. Mais ce n'est pas le cas. En fait, plusieurs Québécois se qualifiaient déjà pour travailler en Ontario. Pourtant, très peu se laissaient tenter. On ne voit pas comment le seul fait d'ouvrir la porte à tout le monde déclencherait une ruée.

Jusqu'à tout récemment, c'est plutôt nos voisins qui s'inquiétaient de l'exil de leurs médecins vers d'autres provinces. Il y a deux ans, l'Association médicale de l'Ontario a réclamé à grands cris des mesures pour retenir ses professionnels. Mais lorsque nous lui avons demandé de commenter cette entente qui pourrait entraîner le départ ou l'arrivée de praticiens, elle n'avait rien à dire. Ça donne une idée du peu d'effets qu'elle en attend!

Il sera toutefois important de suivre l'évolution de la situation. Et pour cela, il faudrait d'abord la connaître. Savoir combien de professionnels ontariens exerçaient au Québec avant l'entente, et inversement. À temps plein ou à temps partiel? Aucun des deux collèges de médecins n'a pu nous fournir cette information hier. C'est pourtant essentiel pour témoigner d'éventuels changements.

Il ne s'agit pas, comme le suggère l'opposition officielle, d'envisager le retrait du Québec de cette entente. Moins d'une semaine après son entrée en vigueur, ce serait non seulement prématuré, mais ridicule. Par contre, Québec devra en faire un suivi serré. Autrement, cet accord servira à justifier tout et n'importe quoi, des pénuries de médecins aux salaires qu'il faudrait leur verser pour les garder, sans qu'on sache jamais s'il a le moindre impact.

akrol@lapresse.ca

 

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