On aime ça, au Québec, le tricoté serré. Il n'y a qu'à voir le nombre et la taille des organismes qui sont forcés de confier leurs épargnes à la Caisse de dépôt et placement. Quand le rendement est bon, tout le monde en profite, mais quand tout se débobine, comme c'est le cas aujourd'hui, ça fait beaucoup d'actifs qui s'effilochent en même temps. Il est grand temps de s'interroger sur le monopole de la Caisse.

Mis à jour le 26 févr. 2009
Ariane Krol LA PRESSE

Régie des rentes, CSST, société de l'assurance automobile, régimes de retraite des fonctionnaires... Ce n'est pas par choix que ces organismes confient leurs fonds à la Caisse, mais parce qu'ils y sont obligés par des lois. La quasi-totalité des déposants (20 sur 25, détenant plus de 99% des actifs) sont dans cette situation. Et la Caisse leur a fait perdre beaucoup d'argent cette année.

 

Le fonds du Régime de rentes, par exemple, a rétréci de 26,4%. Plus du quart de sa valeur. Et pas seulement à cause du lessivage des marchés. Les grandes caisses de retraite canadiennes (plus de 1 milliard de dollars d'actifs sous gestion) ont toutes pris une raclée en 2008. Mais le recul médian n'est que 18,4%. Autrement dit, si la Régie des rentes avait pu mettre notre bas de laine collectif dans une autre machine l'an dernier, il en serait probablement ressorti moins abîmé. Bon, il aurait probablement eu un peu moins bonne mine les années précédentes, lorsque la Caisse faisait mieux que les autres, mais ça ne change rien au fond de l'affaire. En dispersant un peu les actifs, on éviterait que tous les déposants gémissent à l'unisson lorsqu'un gestionnaire de fonds se plante. Et on éviterait que les Québécois se fassent siphonner de partout en même temps pour renflouer ces organismes.

Plusieurs ont tenté de se faire rassurants hier. Les taux de cotisation du Régime des rentes du Québec et du régime des rentes de la construction n'augmenteront pas cette année, pas plus que celui des employeurs à la CSST. La Société de l'assurance automobile n'ajoutera pas de hausses de contribution à celles qui ont déjà été annoncées pour 2009 et 2010. Et ensuite? Le premier ministre Charest, qui avait déjà ouvert la porte à des hausses de tarifs, affirme maintenant que les impacts seront limités. On demande à voir, d'autant qu'on ne pourra pas compter les marchés pour se renflouer rapidement.

Rien ne nous oblige à être tricotés aussi serré. Au fédéral, la régie des rentes et le régime de retraite du secteur public sont gérés par deux entités distinctes. En Ontario, les enseignants sont avec Teachers', les employés municipaux avec OMERS.

Évidemment, il y a des avantages à avoir une certaine taille, mais plusieurs déposants présentent une masse critique non négligeable. Avant que leur cagnotte ne se déprécie, trois d'entre eux avaient plus de 30 milliards à la Caisse et deux autres 11 milliards chacun. Est-il indispensable de concentrer tout cet argent entre les mains des mêmes gestionnaires? Il faut se poser la question.

akrol@lapresse.ca

 

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