Au Québec, deux catégories de gens ne paient pas ce qu'ils doivent à leur université.

Yves Boisvert LA PRESSE

Ceux qui la fréquentent en ce moment. Et ceux qui se sont enrichis grâce à elle.

Ceux qui fréquentent l'université en ce moment n'ont pas seulement la chance de payer moins que tous les autres Canadiens; ils paient moins cher que leurs parents et leurs grands-parents - s'ils ont eu la chance d'y accéder.

Quant aux diplômés des universités québécoises, on n'en trouve guère de plus chiches au Canada.

On accuse souvent les entreprises de ne pas donner assez, et sans doute pourraient-elles en faire plus.

Mais considérez un instant cette statistique: dans l'ensemble du Canada, les dons des individus représentent 42% du financement privé des universités - c'est même 46% en Ontario.

Au Québec? Une maigre part de 6% des dons provient des particuliers. Le reste vient d'entreprises.

C'est encore plus déprimant si l'on considère la situation des universités francophones. En effet, la moitié des dons (ou de legs par testament) de particuliers au Québec sont faits aux universités anglophones, qui n'accueillent pourtant que le quart des étudiants.

Ce que ça veut dire? Que les diplômés québécois n'ont pas une grande reconnaissance envers leur université et la soutiennent mal.

Y compris des gens qui ont très bien réussi, dont certains ne manquent pas de râler contre les étudiants d'aujourd'hui.

Tout cela est assez cohérent et en dit long sur la valeur que nous accordons à l'éducation au Québec. Jeunes ou vieux, on aime l'éducation, ah ça, oui... Mais on préfère la faire payer par les autres.

Les étudiants d'aujourd'hui comme ceux d'hier réclament l'argent des contribuables.

Les diplômés d'hier se disent que «les compagnies» donneront aux universités. Ou n'en ont tout simplement rien à cirer.

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En tenant compte de l'inflation, les 2200$ de droits annuels de 2011 représentent moins que les 500$ exigés en 1968.

Les enfants des nantis sont deux fois plus nombreux que ceux des familles pauvres à l'université (c'était trois pour un il y a 40 ans). Pas difficile dès lors de voir que le régime actuel transfère carrément de l'argent des pauvres aux riches.

Dans cinq ans, les droits atteindront 3800$ par année. Encore largement sous la moyenne canadienne.

Un cours de trois ans coûtera donc environ 5000$ de plus. Quand on sait que le moindre bac (sauf en théologie!) vaudra au moins 30 fois ça sur une vie, ça demeure une bonne affaire!

Un étudiant en pharmacie réalise un taux de rendement de 27%; en médecine de 21%; un étudiant en lettres, de 8%. Qui dit mieux?

Sans compter les bénéfices clairs, mais non chiffrables de l'éducation sur tous les aspects de la vie, le moindre n'étant pas la santé.

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Les leaders étudiants ne vous diront pas que ça ne vaut pas 5000$ de plus. Ils ne sont pas fous. Ils sont même très bons - prenez des notes: on en verra dans des cabinets ministériels, c'était comme ça en 1960, en 1985, et ce sera encore comme ça.

Non, c'est pour les pauvres qu'ils mobilisent les masses estudiantines, mesdames et messieurs.

Il est vrai que l'augmentation des droits peut avoir un impact pour certains - très peu nombreux. C'est pourquoi on doit améliorer encore le régime de prêts-bourses et les mécanismes de remboursement.

On devrait aussi faire en sorte de moduler les droits selon les programmes et les perspectives de revenus - les vétérinaires paient 6% de leur formation, les politologues 40%.

Mais le vrai drame de l'accès est invisible: tous ceux qui ne finissent pas leur secondaire, ou leur cégep. Les économistes disent que ceux qui ne persévèrent pas «sous-estiment les bénéfices et surestiment les coûts» de l'éducation universitaire. On ne le leur a pas fait valoir.

C'est eux qu'il faut viser par des campagnes autant que par des bourses, bien avant l'université.

Mais à bien y regarder, c'est tout le Québec en général qui sous-estime la valeur de l'éducation.

Pour joindre notre chroniqueur: yves.boisvert@lapresse.ca