Tiens, un ballon. Nous sommes à Whistler pour visiter le village olympique. Il est bien joli, mais qu'est-ce donc que cette mini-montgolfière qui flotte dans le ciel?

Publié le 28 janv. 2010
Yves Boisvert LA PRESSE

Système de sécurité, nous dit-on.

Comment ça marche?

Machin de surveillance. On ne peut pas en dire plus long.

Le Vancouver Sun a fini par apprendre qu'il s'agit d'un système de surveillance anti-terroriste censé détecter les bombes artisanales à 20 km à la ronde. Ces ballons coûtent 13,9 millions et l'armée en a trois en Afghanistan.

Donc, si la menace vient de la forêt, ours ou terroriste, l'armée est censée voir venir...

Car 4500 soldats sont déployés pour les Jeux. Comme on n'avait pas de quoi les loger, on a loué deux bateaux de croisière dans le port de Vancouver. Un port qui est inspecté mètre par mètre par des plongeurs.

S'ajoutent à cela 6000 policiers de la GRC et de partout au pays (118 du Québec), et 5000 agents de sécurité du privé. On a installé 900 caméras de sécurité un peu partout en ville et aux installations. Un couloir aérien sera surveillé en permanence à partir de vendredi. Des F-18 et des hélicoptères de l'armée sont prêts à intervenir. Et puis, tout juste de l'autre côté de la frontière, les Américains ont quelques équipements à l'aéroport de Bellingham en cas d'urgence...

On commence à comprendre pourquoi «la plus grande

opération de sécurité intérieure de l'historie canadienne», comme on dit avec une sorte de fierté, coûtera presque un milliard - 900 millions, selon le Groupe intégré de sécurité - au lieu des 175 millions budgétés.

Mais pour autant, ce n'est pas totalement nouveau. À Montréal, en 1976, 15 000 soldats avaient été déployés. C'était après les Jeux de Munich, en 1972, où 11 athlètes israéliens et un policier allemand avaient été assassinés par des terroristes palestiniens.

Sauf qu'à cette époque on ne passait pas tous les spectateurs au détecteur de métal. À Vancouver, le COVAN demande aux spectateurs d'arriver trois heures avant le début des épreuves en montagne, deux heures pour les épreuves intérieures...

Pour aller voir le saut à ski à 10h, il faudra donc arriver à 7h, ce qui suppose partir de Vancouver à 4h 30, 5h max. Car il y a des contrôles, des barrages et une route que je qualifierais, si je ne savais qu'on l'a élargie exprès pour les Jeux, de pas très large, pas très rapide.

Bah, heureusement, il fait chaud. Le touriste attendra la fouille sous un climat agréable.

La cour des touristes

Pour mobiliser toute les forces de l'ordre de Vancouver, on a annulé tous les procès criminels nécessitant un témoin policier.

Vendredi, on a appris qu'une sorte de « cour des touristes » avait été mise sur pied à Vancouver. Le but officiel est de traiter avec célérité (en moins de deux semaines) toutes les infractions mineures impliquant des étrangers : vol à l'étalage, voies de fait simples, conduite en état d'ébriété, etc.

«C'est de la poudre aux yeux. Pensez-vous qu'on va arrêter beaucoup de touristes pour vol à l'étalage? L'idée est simplement d'avoir une cour pour s'occuper des manifestants si on les arrête en masse», me dit un professionnel qui connaît bien l'appareil judiciaire à Vancouver.

Car on en attend, des manifs. Cinq journées de «convergence» ont été annoncées, où se rencontreront des manifestants syndicaux, anti-pauvreté, autochtones, environnementalistes, pacifistes et anticapitalistes.

En cas d'arrestations massives, on sera paré.

Une organisation appelée le Réseau de résistance aux Jeux olympiques, qui s'oppose aux Jeux de Vancouver depuis le début, dénonce l'influence des multinationales et les dépenses publiques occasionnées par les JO. Ils sont loin d'être les seuls.

Pendant qu'on apprend que les coûts augmentent et que le gouvernement provincial dépense 1 million en billets à distribuer aux copains, il est question de mettre à pied 800 professeurs, faute de fonds pour boucler le budget de l'éducation.

Oh, et puis, dernière controverse: les Jeux ne seront pas sans fumée comme on avait promis. On installera quelques zones pour fumeurs à l'intention des entraîneurs et des officiels, prisonniers des sites de montagne, où en principe la cigarette est interdite. La critique néo-démocrate en matière de Santé a vivement dénoncé ce compromis comme une terrible hypocrisie dans un événement censé promouvoir la santé.

Il est un peu plus gênant de constater qu'on a également reporté plusieurs interventions chirurgicales pour libérer du personnel médical pendant les Jeux. En fait, bien des services publics (notamment ceux de la Ville, qui seront fermés l'après-midi) fonctionneront au ralenti.

C'est un autre des prix à payer pour des Jeux parfaitement sécuritaires, apparemment.

Pour joindre notre chroniqueur : yves.boisvert@lapresse.ca