Le maire de Saguenay, Jean Tremblay, représente tout ce que le Montréalais s'attend à retrouver dans une ville de région. Charme, authenticité, couleur locale, fierté et ce vieux fond catholique assumé qui, s'il va contre l'air du temps, donne du relief à l'homme au point de faire de lui un personnage.

Mis à jour le 20 nov. 2009
Yves Boisvert LA PRESSE

Il envoie ses recueils de textes, des cartes de Noël et des pièces de 25 cents commémoratives aux journalistes de Montréal avec un petit mot gentil.

 

On le voit à la télé nationale quand il est réélu avec 78% des votes. Félicitations, monsieur le maire, lui dit l'animateur. Le maire a le triomphe modeste et la main tendue. Il est là pour travailler dans l'intérêt supérieur des citoyens, au-delà des querelles de partis. Que voulez-vous de plus?

Pas étonnant qu'il soit réélu aussi magistralement, se dit-on. Et puis, il n'est pas ronronnant comme le maire de Laval. Il n'est pas fanfaron comme le maire de Québec. Je veux dire qu'il ne confond pas Chicoutimi avec New York et que, s'il ne se prend pas pour un batracien, il ne joue pas pour autant au bovidé.

Mais voilà que nous arrive un jugement (un autre) qui nous montre l'autre côté du maire Tremblay. Intempestif, vindicatif.

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Lundi, le juge Yves Alain a condamné la ville de Saguenay et son maire à verser 583 460$ à un directeur général congédié sans raison.

Le DG en question, Bertrand Girard, avait été choisi par le comité de transition au moment de la fusion de Jonquière, Chicoutimi, La Baie et trois autres municipalités.

Entré en fonction en septembre 2001, M. Girard n'était pas l'homme du maire Tremblay, qui lui préférait le DG de Jonquière. De toute évidence, le maire n'avait pas l'intention de travailler avec lui. Le jour de l'inauguration de la nouvelle ville fusionnée, en février 2002, le DG n'avait pas même un strapontin pour s'asseoir avec les dignitaires. Le message était clair...

Le hic, c'est que le maire n'avait rien de sérieux à lui reprocher. Il a pris prétexte de trois incidents mineurs pour rédiger une lettre de congédiement. Puis, partant de son bureau suivi d'une caméra de télévision, il s'est rendu au bureau de M. Girard pour lui signifier qu'il était à la porte.

Mise en scène dont le but était uniquement de donner de l'impact au geste, qui normalement aurait dû se passer en privé, a dit le juge Alain. Au fait, rien ne permettait de congédier l'administrateur.

Tout aussi rapidement qu'il a fait voter son renvoi par le conseil municipal, le maire a désigné son remplaçant. Bing, bang, suivant.

C'est donc ainsi que ce maire vient de faire perdre pas loin d'un million de dollars à sa ville, si on compte intérêts et frais judiciaires.

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Cette affaire s'ajoute à celle, plus considérable encore, de la firme d'évaluateurs BTF, qui a obtenu un jugement de 2,5 millions contre la Ville, une condamnation que vient de confirmer la Cour d'appel.

La Cour supérieure a conclu que la Ville avait contourné les règles d'un appel d'offres pour donner le contrat de l'évaluation municipale à une firme sans expérience dans le domaine et dirigée par un proche du maire Tremblay.

La firme retenue offrait ses services pour beaucoup moins cher et le maire s'était vanté de cette décision, qui allait faire économiser 3,5 millions de dollars à la Ville. Le juge Jean Bouchard, qui a rendu jugement en 2007, dit cependant que cette firme n'aurait même pas dû se qualifier pour obtenir le contrat.

Un responsable de la firme BTF a enregistré à son insu un ami et conseiller du maire, Yvon Bouchard, qui l'incitait à partager son contrat avec la firme amie du maire, sous peine de le perdre tout simplement. Le maire Tremblay a dit qu'il n'avait rien à voir avec cette manoeuvre, qu'il a réprouvée, mais Bouchard est demeuré près du maire.

La Ville avait même contre-poursuivi la firme BTF, au motif que sa poursuite était une atteinte à sa réputation. Voilà qui est de l'intimidation de la part de l'administration Tremblay, dit le juge Alain, qui critique diverses manigances de l'administration et qui ne donne guère de crédibilité au maire.

La Cour d'appel, le 30 septembre, donc en pleine campagne électorale, s'est divisée à deux contre un mais a maintenu la décision.

Et cela s'ajoute à d'autres causes (atteinte à la réputation d'un employé, expropriation illégale en forme de vengeance politique) où le caractère du maire et de son administration est ressorti.

Certes, le maire a été réélu avec une majorité presque nord-coréenne. Mais ils sont nombreux à ne pas le trouver charmant du tout, ce maire qui en mène large, très, très large dans son royaume, et qui menace les journalistes de les bouder s'ils sont trop «négatifs».

Il faut dire que, au Royaume, il ne serait pas le seul ni le premier à se prendre pour un monarque municipal.