De réputés chercheurs californiens recommandent, dans la très sérieuse revue Nature, d'interdire les bonbons aux gens âgés de moins de 18 ans.

Stéphane Laporte, collaboration spéciale LA PRESSE

Pour manger des jujubes, des Caramilk ou des M&M, il faudra avoir l'âge d'aller se battre en Afghanistan.

Pourquoi? Parce que les bonbons sont toxiques, les bonbons sont poisons, les bonbons ne sont pas bons. Le sucre dérègle l'appétit, crée une dépendance et cause l'obésité. Les méfaits des sucreries coûtent 150 milliards de dollars à l'État. Ce n'est plus no money, no candy. C'est no candy, more money.

On va y aller graduellement. Les cigarettes Popeye connaîtront le même sort que les Craven A. On va mettre des avertissements subtils sur les paquets. Évitez de sucer, de croquer et d'avaler. La pause Kit Kat risque d'être votre dernière pause. Le secret de la Caramilk, c'est qu'elle va vous tuer. Smarties: tenez-vous vraiment à garder les rouges pour votre fin?

Puis, on va ajouter des photos écoeurantes: des gros plans de dents cariées, de bedaines difformes et de culottes de cheval. On interdira la vente des friandises dans les dépanneurs et les grandes surfaces. Pour se procurer une Oh Henry! ou de la Juicy Fruit, faudra aller dans une réserve indienne.

Au cinéma, le pop-corn sera remplacé par le chou-fleur et le gros Coke par du jus de pruneau. Ça va sentir bon. Quand un adulte voudra manger un bonbon, il devra être à au moins dix pieds d'un enfant. À l'Halloween, les gamins devront ramasser des légumes. À la Saint-Valentin, le chocolat sera remplacé par les atocas. C'est rouge.

Il y aura des timbres qu'on pourra coller sur les jeunes pour leur faire passer leur envie de sucré. Les plus atteints pourront se rendre à la Clinique Kojak, partager leur dépendance aux suçons.

La chanson Candy Man de Sammy Davis sera interdite. Sugar Sugar des Archies, aussi. Sans oublier Les bonbons de Brel et Les sucettes de Gainsbourg. Bien sûr, l'émission Sucré Salé sera retirée des ondes.

Finis les gâteaux d'anniversaire, dorénavant on chantera Gens du pays en emportant un morceau de tofu avec des chandelles dessus.

Les cabanes à sucre seront toutes fermées et transformées en cabanes à crudités.

Les enfants surpris avec une poignée de jelly beans dans les mains seront pris en charge par la DPJ.

Bonbons et films de fesses, même combat interdit aux moins de 18 ans.

Ce que les savants chercheurs ne comprennent pas, c'est que les bonbons, c'est surtout bon avant 18 ans. Après c'est agréable, mais on a d'autres plaisirs. Tandis qu'à 5 ans, un bonbon, c'est le boutte de toutte.

Interdire les bonbons aux enfants, c'est comme interdire l'eau aux poissons. C'est eux qui en ont le plus besoin.

Je me rappelle encore de la joie qui me traversait le coeur quand, au dépanneur, mon père me disait: «Tu peux te choisir une affaire.» Je revenais à la maison, en serrant très fort mon paquet de Chiclets jaune, et le chick-chick que ça faisait était la plus belle des musiques. Je me souviens que le samedi durant La soirée du hockey, ma mère arrivait dans le salon avec un plat de bonbons mélangés. Si j'aime autant le hockey aujourd'hui, c'est sûrement grâce aux poissons rouges que j'avais le droit de manger durant les matchs. Et le chocolat chaud que je buvais, après les journées dans la neige, la guédille au nez, valait tous les Pétrus des adultes. Et le toffee Macintosh qui restait pris dans les dents était la plus belle des récompenses pour un A en français. Lors de l'Expo 67, j'avais 6 ans, et le plus doux souvenir qu'il m'en reste, c'est le goût des bonbons du pavillon d'Hydro-Québec.

Interdire les bonbons aux enfants, c'est leur interdire le plaisir. C'est effacer leurs souvenirs. Ça risque de faire des adultes amers.

Bien sûr, il ne faut pas les gaver de Crunchy et de Pepsi au quotidien. Il faut que le bonbon soit une exception, et non pas la norme. Il n'y a rien ait meilleur goût qu'une exception. Pour doser la consommation de sucré chez les enfants, il y a encore mieux que l'État. Ça s'appelle des parents. Vous savez, ceux qui vont conduire et chercher les enfants à la garderie. Ce ne sont pas seulement des chauffeurs. Ils sont là pour prendre soin de leurs mômes. Pour veiller à leur santé. L'État ne doit pas toujours se substituer à eux. Je sais bien qu'il y a plein de parents cons, mais en passant des lois pour compenser l'irresponsabilité des parents cons, c'est tout le monde qu'on traite en cons. Et on finit par vivre dans un monde con.

Il y a un danger à manger du sucre, il y a aussi un danger à aseptiser la vie des citoyens. Ce n'est pas tout de vivre, encore faut-il laisser vivre. Ce n'est pas tout de vivre longtemps, encore faut-il que ce soit amusant.

Le sucre, ça rend malade, mais parfois ça guérit.

J'ai toujours arrêté de pleurer à la vue d'un éclair au chocolat.

Une seule bouchée d'éclair, et c'était l'arc-en-ciel.

Les chercheurs devraient, parfois, chercher le bonheur aussi.

Pour joindre notre chroniqueur: stephane@stephanelaporte.com