Mise en situation: dimanche après-midi, dans un pub du boulevard Saint-Laurent, rempli à pleine capacité, quelques minutes avant la grande finale de la Coupe du monde 2010 retransmise sur écran géant...

Mis à jour le 10 juill. 2010
Stéphane Laporte, collaboration spéciale LA PRESSE

D'un côté, des tablées d'Espagnols habillés en rouge. De l'autre côté, un petit groupe de Néerlandais habillés en orange.

Débarque alors un Québécois. Un Québécois de plusieurs générations de Québécois. Un Québécois comme on en voit trop dans les films québécois. Un Québécois habillé en Québécois. Un Québécois habillé en bedaine:

«Saluté, les amigos! Daar, les gros sabots! Hey! Je l'savais! Je l'avais prédit que la finale du Mondial, ça serait entre les Pays du Bas et les Épagneuls. Je connais ça, le soccer. C'est pas compliqué, le soccer, c'est le hockey des peuples qui ont pas assez d'argent pour s'acheter des patins. Comme c'est des pays surpeuplés, au lieu d'être 6 joueurs sur la glace fondue, ils sont 11. Pis comme y mangent pas beaucoup, y ont pas de visou, alors y ont fait des buts grands comme des écrans de cinéparc. Ben malgré ça, y arrivent pas à compter! Vincent Lecavalier, y poterait 20 buts par game dans des filets obèses de même! Eux, ils comptent un but, des fois deux, quand ils sont chanceux, quand le ballon rebondit sur la tête d'un chauve. Mais c'est un beau sport, pareil... Y a de la verdure. Tu marches beaucoup. T'es habillé en été. C'est comme du golf pas de bâton, au fond.

«J'ai regardé toutes les parties du Mondial. Ben, pas toutes, toutes... Mais des p'tits bouttes de toutes. Une partie de soccer, c'est comme Top Modèles, même si t'en manques des grands bouttes, t'as rien manqué. Dans le sens que tu rembarques tout de suite dans l'histoire: c'est 0 à 0. Que ce soit à la 7e minute de jeu ou à la 60e minute, c'est 0 à 0. Au pire, tu as manqué un but. Mais c'est pas grave, y en ont tellement pas souvent qu'y arrêtent pas de le remontrer. On dirait un topo à LCN. Ils le repassent aux deux minutes.

«Je voudrais ben regarder les matchs au complet, mais c'est trop long. Ben trop long. Même les arbitres trouvent ça long. C'est pour ça qu'ils arrêtent pas le chronomètre. Tout le monde peut rien faire pendant 10 minutes parce qu'un gars se tord de douleur, l'arbitre laisse tourner les secondes. Y est payé à l'heure, comme les cols bleus. Le compteur tourne même durant la pause café. Pis des pauses, y en a souvent, au soccer. Ils sont toujours à terre. On dirait que tous les joueurs sont allés à l'école Maxim Lapierre. Un adversaire l'effleure, le joueur tombe comme si un douanier de Vancouver venait de le tirer avec son Taser. Méchant acteur

«En tout cas, les immigrés, vous devez être contents parce que depuis un mois, toute la ville est soccer. Pas pire pour un pays qui a un club pourri. Hey, y a plein de chars avec des drapeaux de... de... de toutes sortes de couleurs. Pour encourager les oranges des Pays-Bas, y a même des cônes orange partout dans les rues.

«Radio-Canada tasse même Des kiwis et des hommes pour diffuser les matchs. Aux nouvelles, y a plein de vox pop avec des communautés culturelles qu'on voit juste à Musique Plus d'habitude. C'est ben juste si TVA repasse pas La Montagne du Hollandais pour être dans le coup. La fièvre du foot, c'est comme la grippe aviaire, ça fait plus de ravages dans le Sud, mais ça finit par nous atteindre»

«Bon, c'est ben beau, là, mais y est temps que je m'assise, ça va commencer betôt. Je me demande de quel bord je vais mettre mon derrière... «

Un Espagnol intervient: «Y a beaucoup de place du côté des Hollandais...»

Un Hollandais réplique: «Maybe but we don't speak French, so you'll be better with the Spanish...»

Le Québécois continue: «Merci, merci. C'est gentil, c'est gentil... Mais je vais m'asseoir du côté des gagnants. Et selon mon expertise, dans mon livre à moi, c'est l'Espagne qui va gagner grâce à son joueur étoile, Ronaldo...»

Quelqu'un crie: «Ronaldo, y joue pour le Portugal!»

Le Québécois, pas décontenancé pour deux sous: «Le Portugal, l'Espagne, c'est pas mal dans le même coin. Les pays, en Europe, c'est tellement petit, et les terrains de soccer sont tellement grands, ça doit tout empiéter les uns sur les autres. T'as un filet à Lisbonne, un à Barcelone, pis les joueurs couraillent d'un bord pis de l'autre. Go, Espagne, go! Faites-moi une petite place pour favor...»

Les Espagnols, découragés, accueillent leur nouvel ami. Au même moment, on aperçoit l'équipe d'Espagne faire son entrée dans le Soccer City Stadium de Johannesburg. Tous les Espagnols se lèvent. Le Très Québécois aussi:

«Hey, la gang, je sais pas si vous connaissez ça, cette chanson-là, on chante ça, nous autres, les Québécois, au Centre Bell, pour nos Canadiens. Les paroles, c'est ben simple, c'est: Olé! Olé! Olé! Olé! Olé! Olé!»

Tout le monde chante olé, olé, olé!

«Hey! Vous apprenez vite! Je trippe vraiment de regarder ça avec vous autres. C'est exotique au boutte! Je suis content de vous avoir trouvés. J'avais vraiment peur à matin de pas trouver d'Espagnols avec qui regarder la finale. J'ai pensé aller regarder ça au Madrid, sur la 20 - je me suis dit qu'au Madrid, y doit sûrement y avoir des Espagnols. Pis après j'ai pensé: non, faut que j'en trouve à Montréal. Que je bonde avec des Espagnols de mon boutte. Après toute, on vit dans la même ville, faut ben se côtoyer de temps en temps. Une fois aux quatre ans, c'est ben correct.

«Hey, pis j'ai apporté ma trompette du carnaval. POUEEEEEET! Bonne game, les gringos!»

Le match commence. Jamais vu des Espagnols s'ennuyer autant de leur pays...