Chers humains, comme ça, vous avez décidé que la grippe porcine s'appellerait dorénavant la grippe A (H1N1). Vous ne voulez pas que ce virus entache la réputation du porc. Depuis quand la réputation du porc est-elle une de vos préoccupations? Ça fait des siècles que vous salissez notre nom.

Mis à jour le 3 mai 2009
Stéphane Laporte, collaboration spéciale LA PRESSE

Y mange comme un cochon! Y est sale comme un cochon! C'est un vieux cochon! C'est une cochonne! Y a une tête de cochon! Y joue cochon! Si on se fie à vos expressions, je suis un goinfre malpropre, pervers, obsédé, têtu et brutal.

 

Je vous dis que ce n'est pas facile de pogner dans un site de rencontres avec une telle description!

Pourtant, je n'ai jamais vu un cochon vider un buffet à volonté. Jamais vu un cochon entrer chez Parée. Jamais vu un cochon jouer comme Sean Avery. Quand on cherche bien, le seul animal qui est à la fois goinfre, malpropre, pervers, obsédé, têtu et brutal, c'est vous.

Mais vous préférez tout mettre sur notre dos de cochon. Vous vous servez des autres noms d'animaux comme petits mots d'amour: mon minou, mon pitou, ma biche, ma perruche. Susurrez «ma truie» dans les oreilles de votre douce, et vous allez recevoir un coup dans les parties. Un coup de cochon.

Pourquoi nous? Que vous a-t-on fait? Les ours, les loups, les requins ont dévoré vos semblables, pourtant vous les respectez. Nous, on couine dans notre petit coin, tout roses, tout innocents, tout coquets avec la queue frisée, et vous nous accusez de tout ce qu'il y a d'immonde dans le monde. Gratuitement. Sans fondement.

Puis voilà que, pour une fois, on vous fait quelque chose. On vous refile la grippe. Une vraie. Une solide. Qui rend malade comme un cochon. Pas une grippe d'homme, une grippe porcine. Parce que votre grippe, même si vous l'appelez A (H1N1), elle ne vient pas des léopards, elle vient des porcs, de notre nez écrasé à gros trous, mais vous ne voulez pas lui donner notre nom. Soudainement, vous voulez ménager notre sensibilité. C'est trop d'égards.

Alors pourquoi ne dites-vous pas: y mange comme un A (H1N1), y est sale comme un A (H1N1), c'est un vieux A (H1N1), c'est une A (H1N1), y a une tête de A (H1N1)?

Parce que notre réputation, vous vous en balancez. Tout ce qui compte, c'est votre cash. Et l'appellation «grippe porcine» est néfaste pour la vente de la viande de porc. Alors vous faites défiler des scientifiques pour expliquer que la grippe porcine ne vient pas vraiment des porcs. Ben non! Ça vient des courants d'air dans la maison.

Appeler une grippe une grippe A, c'est comme appeler un chien Fido. Il y a des centaines de grippe A! Ça ne dit rien. Mais ça ne fait pas perdre d'argent. Parce qu'il ne faudrait surtout pas que les gens arrêtent de nous manger. On nous bouffe tellement. Les animaux les plus mangés sur la planète, ce ne sont pas les grenouilles ou les cailles, ce sont les porcs. Vous nous mangez comme des cochons.

On produit près d'un milliard de porcs par année. Un milliard. Ça fait beaucoup de bacon.

Ça ne vous est jamais venu à l'esprit que toutes ces maladies qui s'échangent de bêtes à humains viennent des conditions exécrables d'élevage? De cette surproduction qui n'a plus rien de naturel? C'est le Dr Frankenstein qui s'occupe de ce que vous mangez. Alors ne soyez pas surpris de tousser jaune et d'avoir des boutons fluo. La vache folle, la grippe aviaire et la grippe porcine, c'est la vengeance des animaux maltraités.

Voilà pourquoi, au nom de tous les cochons du monde, je réclame la paternité de la grippe qui vous fait tant paniquer actuellement, comme les mouvements terroristes réclament la paternité de leurs attentats.

C'est la grippe porcine. Pas besoin de lui donner un code postal. Ce n'est pas la grippe A (H1N1). C'est la grippe porcine qui sévit présentement. Nous insistons.

Cochons de tous les pays, unissez-vous! Affirmons-nous avant de finir en brochette. Pour une fois, tenons-nous debout.

Et peut-être que, un jour, une grande partie des humains se rendront compte qu'ils sont aussi manipulés que nous. Qu'ils sont des cochons comme nous. Des cochons de payants.

Sur ce, aidé de ma queue en tire-bouchon, je m'ouvre une bonne bouteille et je bois à votre santé. Avant de retourner me moucher.

Signé: un cochon qui fait du boudin.

Pour joindre notre chroniqueur: stephane@stephanelaporte.com