«Pourquoi attendre une tragédie pour trouver une solution?», a demandé hier le maire Gérald Tremblay, excédé. La question qu'il pose est fondamentale. Comme lui, je crains de plus en plus que tout cela finisse très mal.

Rima Elkouri LA PRESSE

Fumigènes dans le métro, pierres lancées sur l'autoroute, coups de matraque, effluves quotidiens de gaz poivre... La tension est vive. La colère monte. Les casseurs et les imbéciles en profitent. Les policiers sont sur les dents. La population est exaspérée. Les manifestants pacifiques - l'immense majorité - en paient le prix.

Je crains une brique de trop envoyée sur la tête d'un innocent. Je crains une balle perdue. Jusqu'ici, nous avons été chanceux, observait le maire Tremblay. C'est vrai. Mais gouverner en misant sur la chance, cela ne s'appelle pas gouverner. C'est tout à fait irresponsable.

Alors qu'on s'enfonce dans une crise sociale, j'attendais hier que quelqu'un se lève et dise: «C'est assez!» J'attendais que la ministre Line Beauchamp mette de côté ses règlements de comptes personnels pour négocier de bonne foi avec les étudiants. Devant l'impasse, j'attendais que le premier ministre Jean Charest en appelle à la médiation ou à un moratoire sur la hausse des droits de scolarité.

À qui profitent les actes de violence des casseurs qui font dérailler le débat? Certainement pas aux milliers d'étudiants qui manifestent depuis 11 semaines de façon pacifique. Je les ai vus se tenir debout hier encore sous la pluie. J'ai discuté avec plusieurs d'entre eux, étudiants ou jeunes diplômés pour la plupart. Un ingénieur, une professeure d'éducation physique, un étudiant en sciences politiques, une enseignante du primaire... Rien à voir avec la caricature d'enfants gâtés que le gouvernement fait d'eux. Des jeunes gens allumés, idéalistes, déterminés, qui déplorent le fait que l'on se soit éloigné du débat de fond pour s'enliser dans une guerre de mots et d'ego. Des jeunes outrés par l'attitude du gouvernement qui ne semble pas vouloir régler le conflit.

Ils avaient à peine quitté le square Émilie-Gamelin que des policiers ont hurlé dans leur porte-voix que la manifestation était devenue un «attroupement illégal». L'avertissement a été reçu comme une pure provocation.

Certains appellent ça le «printemps érable». J'avoue éprouver un certain malaise quand j'entends cette expression qui se veut un clin d'oeil au printemps arabe. Il me semble que l'on compare deux réalités qui ont bien peu en commun. Non, le square Émilie-Gamelin n'est pas tout à fait la place Tahrir. Non, Jean Charest, même si on peut lui reprocher bien des choses, n'est pas tout à fait Hosni Moubarak. Et même si la police montréalaise n'a pas toujours agi de façon exemplaire, la comparaison avec la police égyptienne me semble éhontée.

Place Tahrir, où j'étais en novembre dernier, des manifestants sont morts asphyxiés par du gaz lacrymogène. De nombreux journalistes ont reçu des balles dans les yeux, dans ce qui semblait être une tactique délibérée des forces de l'ordre pour les intimider. Des centaines d'Égyptiens sont morts sous la répression ou la torture, payant de leur vie la liberté pour laquelle ils se battaient. Des milliers ont été blessés.

Ni printemps ni érable, ce que nous vivons ressemble bien davantage à un gâchis lamentable.