Prononcez le mot «devoirs» devant des parents, et vous aurez droit à un débat enflammé et à des récits de catastrophes annoncées.

Mis à jour le 19 mars 2010
Rima Elkouri LA PRESSE

«Méfie-toi. Telle école primaire, c'est plus d'une heure et demie de devoirs chaque soir! C'est l'enfer!» me prévenait-on alors que je m'apprêtais à faire une tournée des journées «portes ouvertes» des écoles. «En plus, avec la réforme, il paraît qu'on ne comprend plus rien aux devoirs de maths et de français.»

 

Une heure et demie de devoirs incompréhensibles? Comment peut-on ajouter une heure et demie de devoirs à notre horaire familial qui affiche déjà complet? L'école primaire est-elle tombée sur la tête?

À l'autre extrême, ce que l'on dit parfois des écoles sans devoirs n'est guère plus rassurant. «Dans cette école, les enfants sont heureux, mais ils n'apprennent pas nécessairement à lire. C'est aux parents de le leur enseigner, le soir.

- Le soir? Mais qu'est-ce qu'ils font à l'école?

- Ils s'amusent.»

Surenchère d'un côté, laisser-aller de l'autre... Y a-t-il moyen de trouver un juste milieu où l'école et les parents jouent pleinement leur rôle respectif?

Quiconque a sérieusement étudié la question ne peut que constater que la surenchère des devoirs, à laquelle participent autant les professeurs que les parents, se nourrit de mythes et d'insécurités. Même s'ils ont des horaires de fous, la grande majorité des parents veulent que leurs enfants aient des devoirs au primaire, nous a dit hier la Fédération des comités de parents du Québec, sondage à l'appui. Le résultat peut sembler étonnant dans la mesure où des études récentes beaucoup plus vastes ont aussi montré que la grande majorité des parents considèrent les devoirs comme une source de stress. Ce stress additionnel, à l'heure où les enfants et leurs parents sont épuisés, est-il vraiment nécessaire? Ne serait-il pas mieux de consacrer le peu de temps que nous avons après l'école pour jouer dehors, faire une promenade ou préparer le repas ensemble?

L'ennui, c'est que, dans notre grande course à la performance, on a malheureusement tendance à croire ou à nous faire croire que si l'enfant est submergé de devoirs dès l'âge de 6 ans, c'est pour son plus grand bien. Il réussira mieux, il aura de meilleures habitudes de travail, il acquerra le sens de l'effort, etc. Or, la majorité des études montrent que c'est faux. S'il est vrai que le temps consacré aux devoirs influe positivement sur les résultats scolaires au secondaire, il en va tout autrement au primaire. Les études indiquent que les devoirs ont en fait peu ou pas d'impact sur les résultats scolaires des enfants et sont parfois même contre-productifs, a rappelé hier le Conseil supérieur de l'éducation, dans un avis somme toute frileux sur la question. (Plutôt que de prendre position, le Conseil n'a fait qu'accoucher d'une réflexion timide dans laquelle il conclut sans conclure qu'il faut «mener localement une réflexion collective sur les devoirs»...Mais encore?)

Il ne s'agit pas, pour faire plaisir aux parents débordés, de nier l'importance de leur participation au suivi scolaire de l'enfant. Mais cette participation cruciale peut être autre chose qu'une corvée d'une heure imposée à un enfant déjà épuisé. Comme le dit Carl Honoré dans son Manifeste pour une enfance heureuse (Marabout, 2008), on peut très bien, sans compromettre l'avenir d'un enfant, limiter la séance de devoirs à 10 minutes quotidiennes pour les élèves de première année, pour ensuite ajouter 10 minutes par année. L'auteur signale d'ailleurs le cas de nombreuses écoles où l'abolition ou encore la réduction du volume des devoirs a permis d'améliorer les résultats scolaires et surtout, surtout, de favoriser le bien-être des enfants.

«En matière de devoirs, il faut s'en tenir au bon sens et garder en tête que les enfants ont besoin de vies équilibrées», rappelle-t-il. Laissons-leur le temps de souffler. Ils auront toute la vie pour courir.