À l'occasion de la campagne électorale montréalaise, notre chroniqueuse est allée à la rencontre de candidats de chacun des partis qui plongent dans l'arène municipale pour la première fois. Voici le premier article de la série.

Mis à jour le 19 sept. 2009
Rima Elkouri LA PRESSE

Les «partys de trottoir», vous connaissez? C'est la formule originale adoptée par Luc Ferrandez, candidat de Projet Montréal à la mairie du Plateau-Mont-Royal, pour faire connaître ses idées. Une sorte d'assemblée de cuisine réinventée qui étonne à tout coup les passants.

 

Luc Ferrandez s'y présente à bicyclette. Le trottoir est son seul podium. Il place son ordinateur portable sur le porte-bagages. Il hisse un écran blanc sur son guidon. Il plante un projecteur sur le trottoir. Et c'est parti. Le candidat présente en images sa vision de la ville. «La seule chose qui peut convaincre les gens, c'est des photos», dit-il.

Dans une présentation portant sur l'aménagement de la ville, le candidat fait défiler des images du parc La Fontaine à l'époque où l'endroit avait un caractère champêtre. Il y juxtapose des photos plus récentes où le béton a préséance sur la nature. Il nous montre des exemples de bonnes idées piquées à Barcelone, Paris ou New York que l'on pourrait importer ici pour se réapproprier l'espace collectif. Il nous montre le quartier tel qu'il est et le quartier dont il rêve. Et souvent, explique-t-il, il suffit de peu pour passer de l'un à l'autre. Une vision, une volonté et une foule de petites idées concrètes.

On l'écoute, posé et convaincant, et on se dit que ce politicien de trottoir, qu'il soit élu ou pas le 1er novembre, a certainement un avenir en politique. Militant en environnement urbain depuis 15 ans et habile communicateur, Luc Ferrandez dit pourtant avoir toujours évité le monde politique comme la peste. Qu'est-ce qui a finalement convaincu cet ex-consultant en gestion pour Hydro-Québec d'abandonner son emploi pour se lancer dans la campagne municipale? Un ras-le-bol, dit-il, devant ce qu'il appelle «l'industrie du discours». Une industrie qui voudrait nous faire croire que tout le monde est plus vert que vert et plus progressiste que les progressistes. «Se déclarer favorable au changement sans rien faire pour que les choses changent est devenu l'outil principal des conservateurs», observe-t-il.

Luc Ferrandez reproche à Union Montréal de faire de la récupération de discours sa marque de commerce. «Mon opposant a à peu près le même discours que moi. Et pourtant...»

L'opposant en question, c'est Michel Labrecque, bien connu comme Monsieur Vélo Québec. La lutte à la mairie sera féroce, le candidat d'Union Montréal jouissant d'une bonne cote de popularité dans l'arrondissement. Avec une machine politique beaucoup plus modeste que celle de son adversaire, Luc Ferrandez espère néanmoins rallier le vote de citoyens comme lui qui auront été déçus par Union Montréal.

«J'ai moi-même participé au financement de Michel Labrecque à la dernière élection, dit-il. Je croyais au plan de réduction de la circulation.» Mais lorsqu'il a réalisé que les mesures les plus contraignantes n'étaient prévues que pour 2024, Luc Ferrandez dit avoir déchanté. C'est à ce moment-là qu'il a décidé de faire lui-même le saut en politique avec Projet Montréal.

Passionné des questions urbaines, Luc Ferrandez a, à 47 ans, une feuille de route bien garnie. Il a étudié à l'École des hautes études en sciences sociales à Paris. Il a été chercheur en environnement pour le Centre international de recherche en environnement et développement (CNRS-Paris). Il a fait partie des opposants au projet de transformation de la rue Notre-Dame en autoroute.

N'aurait-il pas été plus judicieux d'un point de vue stratégique de faire alliance avec Louise Harel? A priori, le candidat croyait que oui. Mais le chef de Projet Montréal, Richard Bergeron, a fini par le convaincre du contraire, dit-il. «Ce gars-là a quand même fondé Projet Montréal, il mérite qu'on l'écoute et qu'on le respecte. L'argument de Richard, c'est que Louise Harel n'a pas de vision pour la ville.»

L'ironie a voulu que le candidat de Vision Montréal à la mairie de l'arrondissement soit Guillaume Vaillancourt, un transfuge de Projet Montréal déçu que l'alliance n'ait pas eu lieu. «Guillaume, c'est un bon gars. Mais je n'ai pas vu chez Vision Montréal le même projet humaniste et vert.»

Luc Ferrandez connaît Richard Bergeron depuis 10 ans. Ils se sont entre autres souvent croisés dans des conférences savantes sur l'aménagement de la métropole. «Chaque fois qu'il me voyait, il me disait: Luc! On ne changera pas le monde en allant dans des conférences!»

Peut-on changer le monde avec des assemblées de cuisine nouveau genre autour d'un vélo? Le candidat novice y croit et donne à bien des passants l'envie d'y croire aussi. À ses yeux, pas de doute: la révolution à Montréal commencera sur le trottoir ou ne commencera pas.