Vous souvenez-vous du départ des Nordiques pour le Colorado en 1995?

Philippe Cantin LA PRESSE

D'un côté, Québec, une ville aux prises avec les conséquences de la récession économique, victime d'un dollar canadien faible face à la devise américaine, et incapable de trouver un consensus pour conserver son équipe de hockey.

De l'autre, Denver, une métropole vibrante et en pleine expansion, carburant aux nouveaux projets, et rêvant d'accueillir un club de la LNH. Sans surprise, les Nordiques sont devenus l'Avalanche. Et Gary Bettman n'a pas caché sa satisfaction.

Dix-sept ans plus tard, la situation a changé du tout au tout. Cette fois, une ville canadienne, Québec, a le vent dans les voiles. Le mois dernier, le taux de chômage était de 5,1%, un des plus bas parmi les principales agglomérations canadiennes.

La revitalisation de certains quartiers a rendu la capitale plus belle que jamais. Et dimanche, la construction d'un nouvel amphithéâtre de 400 millions a été confirmée. Cette nouvelle a renforcé la confiance des citoyens de la région.

Pendant ce temps, à Glendale, une ville américaine où sont établis les Coyotes de Phoenix, les mauvaises nouvelles se succèdent au conseil municipal. Tenez, la semaine dernière, les élus ont consacré une journée à l'examen du budget.

Dans un contexte économique éprouvant, divers scénarios sont envisagés pour joindre les deux bouts, nous apprend The Arizona Republic. Comme l'élimination de programmes sportifs et l'augmentation des tarifs... des cours de natation!

Le quotidien ajoute qu'on cherche désespérément les moyens de financer la construction d'une piscine publique dans un quartier qui en a bien besoin. Bref, ça va mal à Glendale et les élus ne s'en cachent plus.

Dès lors, comment la Ville pourrait-elle justifier un nouveau versement de 25 millions aux Coyotes la saison prochaine pour éponger leurs pertes?

Et si, malgré tout, l'équipe est vendue à des investisseurs voulant la maintenir à Glendale, le contrat de location du Jobing.com Arena sera examiné à la loupe par l'Institut Goldwater.

L'an dernier, c'est la détermination de ce groupe de pression conservateur qui a empêché la vente des Coyotes à Mathew Hulsizer, un homme d'affaires de Chicago.

On peut être sûr que l'Institut demeure aux aguets, une perspective qui effraie la LNH. Bref, l'avenir des Coyotes à Glendale est plus sombre que jamais.

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Cela dit, les gens de Québec ne devraient pas mettre le champagne au frais trop tôt. Le transfert des Coyotes à Québec ne constitue pas le scénario rêvé pour la LNH.

En visite au Colisée Pepsi la semaine dernière, Brian Burke en a fourni une indication. «Je ne suis pas encore prêt à faire une croix sur le marché de Phoenix, a dit le DG des Maple Leafs de Toronto au Soleil. (...) Personnellement, j'aimerais bien qu'on leur accorde un peu plus de temps...»

On peut entretenir des doutes sur la véritable influence de Burke au sein de la LNH. Mais il n'est sûrement pas le seul à penser ainsi.

En mai dernier, Gary Bettman a pilé sur son orgueil en autorisant le transfert des Thrashers d'Atlanta à Winnipeg. Rappelez-vous sa mine d'enterrement à l'annonce de la nouvelle.

Le discours du commissaire ne s'était pas distingué par l'enthousiasme, mais plutôt par son ton menaçant: «Abonnez-vous vite, sinon les gouverneurs n'appuieront pas la transaction», avait-il lancé, en substance, aux amateurs de Winnipeg.

Ne croyez pas un seul instant que Bettman réagirait différemment au retour des Nordiques. Dans les bureaux de la LNH à New York, l'abandon d'une deuxième métropole américaine au profit d'un modeste marché canadien n'est pas une occasion de se réjouir. La tradition, l'amour du hockey et la passion des fans, tout cela compte bien peu dans l'équation.

Jusqu'au bout, Bettman tentera de sauver les Coyotes. Et s'il doit rendre les armes, il niera jusqu'à la dernière minute que les Coyotes sont sur le point de déménager.

Si la LNH abandonne Phoenix-Glendale, Québec est évidemment une destination de choix. Quebecor Media ne cache pas ses intentions d'acquérir une équipe. Mais ses dirigeants devront montrer de l'habileté pour vaincre les derniers obstacles.

La LNH préférerait sûrement s'établir à Seattle. Heureusement pour Québec, aucune équipe de la NBA ne songe pour l'instant à déménager dans cette ville, étape essentielle pour la construction d'un nouvel amphithéâtre. À Seattle, le basket passe avant le hockey.

Kansas City? Le bâtiment est là, mais pas le propriétaire d'équipe.

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À quel moment le sort des Coyotes sera-t-il connu? Très bientôt, pas de doute là-dessus.

Plusieurs observateurs l'ont fait remarquer au cours des derniers jours. L'an dernier, Winnipeg était prête à accueillir une équipe de la LNH. Suffisait de brancher le courant, pour reprendre l'expression d'un collègue de l'Ouest canadien.

Du jour au lendemain, le personnel du Moose du Manitoba, de la Ligue américaine, est devenu celui des Jets. Mêmes propriétaires, même président, même administration.

À Québec ou ailleurs, l'organisation serait à bâtir à partir de zéro. On voit mal comment la LNH pourrait décider de déménager les Coyotes après le 30 avril. À moins que l'équipe participe aux séries éliminatoires et franchisse une ronde ou deux.

Chose sûre, le retour des Nordiques, improbable il y a deux ans à peine, est aujourd'hui une perspective réaliste. Ça ne veut pas dire que ça se fera. Mais les amateurs de hockey de Québec ont des raisons légitimes d'y croire.