Ainsi donc, le Directeur des poursuites criminelles et pénales du Québec (DPCP) est hautement troublé par le fait que des policiers de Montréal auraient pu renseigner des journalistes sur les dessous de l'affaire Davidson...

Publié le 10 févr. 2012
Patrick Lagacé LA PRESSE

C'est très drôle de voir que le DPCP n'est pas aussi troublé par la négligence du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), qui a si mal protégé la liste de ses indicateurs secrets que celle-ci s'est retrouvée en vente sous le manteau, proposée à la mafia, comme on tente de vendre un vulgaire vélo volé.

C'est très drôle que le DPCP ose s'exprimer dans le dossier Davidson. Parce que selon un tas de flics au courant de l'affaire, le DPCP a eu une approche de poule mouillée quand le dossier est arrivé sur son bureau.

En effet, le DPCP, l'élite du bras judiciaire de l'État, dans tout son savoir, ne voyait pas comment - selon nos sources, qui sont désormais traquées par la Sûreté du Québec (SQ) - accuser Ian Davidson d'autre chose que de... vol de moins de 5000$.

Les flics qui avaient sué sang et eau pour recouvrer le matériel informatique volé par Davidson auraient voulu voir les braves procureurs de la Couronne être aussi pugnaces qu'eux. Ils auraient voulu que le DPCP tente au minimum de faire accuser Davidson de négligence criminelle ayant pu causer la mort.

Mais non. Le DPCP n'a pas fait preuve, selon les flics, d'audace. Davidson est resté libre. Avec les conséquences que l'on sait.

Les avocats de l'État ont en fait démontré la même prudence maladive qui explique en partie pourquoi - selon des sources policières, je laisse le DPCP deviner lesquelles - les gros poissons du bocal de la construction ne sont pas encore l'objet d'accusations. Complément d'enquête, qu'ils disent et répètent...

Et c'est ce DPCP-là qui s'inquiète de penser que, peut-être, des flics ont pu renseigner les journalistes sur les dessous de l'affaire Davidson?

Je suggère aux esprits inquiets du DPCP d'aller sur un site qui s'appelle Google (c'est gratuit) et de taper les trois lettres suivantes: LOL.

L'affaire Davidson est une bourde de calibre olympique. En Europe de l'Ouest et en Amérique du Nord, j'ai eu beau chercher, je n'ai trouvé aucun autre cas d'une fuite semblable. Le SPVM trône seul dans la catégorie «liste d'informateurs de police offerte à la pègre». Bel honneur!

Vu l'ampleur de la bourde du service de police dirigé par Marc Parent, c'est un miracle que, pendant plus de six mois, l'an dernier, cette affaire scandaleuse ne se soit pas frayé un chemin jusque dans les médias.

Vu l'ampleur de la bourde du SPVM, l'intérêt du DPCP pour les sources des journalistes revient à prendre le temps de retoucher son maquillage et sa coiffure quand la maison est en feu. Disons qu'il y a un problème dans les priorités.

Robert Dutil, ministre de la Sécurité publique, jure ses grands dieux que c'est le DPCP qui lui a demandé d'envoyer la SQ enquêter au SPVM. Je dis qu'on ne saura jamais si le DPCP, qui n'a pas de chef présentement, ne s'est pas fait demander de demander cette enquête au ministre.

Robert Dutil, lui, ne l'oublions pas, fait partie d'un gouvernement qui a toujours mis le parti avant l'État. Un parti, le Parti libéral du Québec, qui s'est fait magistralement emmerder par les journalistes et leurs sources, depuis des mois. Disons que cette chasse aux sources journalistiques envoie à tout le monde, à la veille d'élections générales, un message sans équivoque.

Robert Dutil, hier, a refusé de donner l'assurance que des journalistes ne seraient pas mis sur écoute. Juste ça! Un ministre de l'Intérieur syrien n'aurait pas fait mieux. Bienvenue dans la République populaire du Libéralistan.

Quand il s'est fait demander si la sécurité entourant les données informatiques du SPVM n'est pas à elle seule un motif pour une enquête spéciale, Dutil a répondu que non.

Ésotérique, ce ministre de la Sécurité publique!

Parmi les protagonistes de ce bal des hypocrites, j'ai quasiment oublié Marc Parent, chef du SPVM. Il laisse la SQ, grande rivale complexée du SPVM, débarquer à Montréal. Sans rien dire. Cocu content.

Marc Parent pourrait protester: son boss, c'est le maire de Montréal. Pas Québec. Mais non. Il tombe dans la politicaillerie. En se promenant avec son gun à la ceinture, contrairement à son prédécesseur, Marc Parent ne trompe personne: il n'est qu'un autre flic qui se prosterne devant le politique. Comme son prédécesseur.

Un dernier truc, MM. Parent et Dutil: nous, journalistes, acceptons parfois, à la demande de certaines sources, de retarder la publication d'informations qui pourraient vraiment nuire à des enquêtes policières. Vraiment, vraiment...

J'ai moins envie, soudainement, d'être conciliant. Je ne suis pas le seul.