Dès mon arrivée chez David, sa fille a entraîné mon fils dans le sous-sol pour jouer. Trois minutes et demie plus tard, des cris amusés et frénétiques provenaient déjà du sous-sol. Quatre minutes plus tôt, ces enfants-là ne se connaissaient pas. La glace était déjà brisée.

Patrick Lagacé LA PRESSE

C'est ce qui me manque le plus de l'enfance: jouer. Juste jouer, à n'importe quoi. Pas pour gagner. Pour le fun de jouer. Au kick-ball, aux Lego, au hockey. Jouer. Je ne joue plus. J'ai des deadlines. C'est amusant, mais ce n'est pas comme jouer au hockey dans la rue...

Quand je vais à Québec, j'essaie de connecter avec David Desjardins. En plus d'être un sacré bon gars, c'est le meilleur chroniqueur d'humeur de la province, après un monsieur qui se décrit comme vieux et qui écrit dans La Presse. Ses papiers illuminent le Voir de Québec.

Il m'a fait brailler, en décembre, avec sa chronique de Noël, à propos de sa fille. À propos du bonheur. À propos de la peur. À propos de la vie. David parle de sa résistance face aux rouages de la vie. De cet «inconfort que tu choisis chaque jour», écrit-il, avant d'ajouter ce trait de génie: «Il n'est pas question d'être un martyr. Un fakir, plutôt.»

Ce fakir-là préparait la pizza du souper pendant que nos enfants riaient dans le sous-sol. On a parlé de tout, de ses voyages de vélo, du maire Labeaume, de l'école privée, de l'école publique, de la job, de Montréal, de Québec, des Nordiques, de mes amis de CHOI...

Les enfants sont montés. Le petit m'a demandé quand on allait enfin voir Bonhomme Carnaval.

Sais-tu où trouver Bonhomme, dude?

Aucune idée, a répondu David en riant...

Ce soir-là, nous avons dormi à l'Hôtel de glace de Québec. C'est joli, bien sûr, avec toutes ces sculptures de glace et ces éclairages pastel sur les murs de neige...

J'ai appris deux choses, à l'Hôtel de glace. Un, l'Hôtel de glace, c'est formidable si vous êtes un touriste français (qui connaît peu l'hiver) pour qui la neige est exotique. Deux, apportez une bouteille de jus vide dans votre chambre (les toilettes sont loin) et peut-être même deux bouteilles vides...

Le lendemain, c'était le jour où le maire Labeaume a annoncé que la Ville de Québec allait de l'avant avec le Colisée II. J'ai pensé (une seconde, pas plus) à traîner mon fils à la conférence de presse et à pondre une petite chronique sur le sujet, en soirée. Mais, bon, je me suis dit que le droit du public à l'information pourrait se passer de mon opinion, pour une fois. Nous sommes allés à Valcartier, à la place, pour glisser. Retour en enfance instantané. Jouer, juste jouer...

Quand on y pense, il n'y a rien de plus inutile (si on exclut Occupation double) que de glisser sur la neige, le cul dans une chambre à air. Rien de plus jouissif, à -20ºC, non plus. Comment? Ils jouissent plus à Occupation double? Mais non, c'est arrangé avec le monteur...

Papa! C'est Bonhomme!

Oui, mon gars, c'est Bonhomme Carnaval...

Il était là, coup de chance, dans la cafétéria du Village vacances. J'ai immortalisé un beau moment de complicité entre la légendaire mascotte de Québec et un ti-cul montréalais sous le charme. En se relevant, Bonhomme a réalisé qu'il avait déjà vu le père du ti-cul quelque part: «Bonjour, mon ami Patrick! Bienvenue à Québec!»,

Vous dire comment mon fils a été impressionné! Bonhomme Carnaval, à tu et à toi avec son père! Aussi impressionné que mes chums, si Bono m'avait reconnu au Walmart...

Papa, Bonhomme te connaît!

Euh, oui, garçon, il doit lire La Presse...

Mais non, papa!

Non?

Non! Il se souvient de toi, quand t'étais petit!

Y a-t-il quelque chose de plus pur que les réflexions d'un enfant de 5 ans? Je ne pense pas...

David, dans cette chronique dont je vous parlais, évoque ses larmes refoulées, en voyant sa petite en kimono blanc, un soir de cours de taekwondo. «Tu t'es rendu compte que c'est maintenant que ça se passe, que les moments de réelle proximité avec elle, ce sont ceux des quelques années avant et après cet instant précis...»

Ce soir-là, au souper, l'héritier a commandé un sundae. Il grattait le chocolat, au fond du bol, quand il m'a demandé de son air le plus sérieux:

«Est-ce que tu te sens comme un enfant?

- Quand?

- Quand tu manges du chocolat...»

En ce début de semaine de relâche scolaire, c'est ce que je voulais vous dire: c'est maintenant que ça se passe.