C'est un Québec que je n'ai pas connu, ce Québec frenglish, ce Québec où des Montréalais disaient à d'autres Montréalais: «Speak white.» Ce Québec où le paysage laissait croire qu'il y avait vraiment, ici, autant d'Anglos que de Francos. Ce Québec d'avant la Charte de la langue française, aussi appelée loi 101.

Patrick Lagacé LA PRESSE

Grâce à la magie des archives de Radio-Canada, je suis tombé sur le topo d'un jeune journaliste envoyé boulevard Labelle, à Chomedey, en 1973 (1). Gil Courtemanche signe un topo épique sur la laideur de la banlieue, paradis du laisser-faire. C'est le quartier où j'ai vécu ma petite enfance. Chaque plan du reportage fait résonner des souvenirs dans le tiroir de ma mémoire. Le Dairy Queen, la Récréathèque, le Roi du bifteck...

Le reportage fait, en filigrane, le portrait d'un Québec anglicisé, où les Auto Beauty Shop, les Scotch Cleaners Nettoyeur, les Quincaillerie Racine Hardware et les Midas Muffler Shop pouvaient donner à penser à E.T. l'extraterrestre, s'il avait atterri dans la banlieue québécoise, que les habitants de ce coin de pays parlaient frenglish. C'est, pour ceux qui n'ont pas connu ce Québec, un paysage absolument sidérant.

Tu regardes ça et tu te dis: merde, on revient de loin. D'une autre galaxie, en fait.

Maxime Bernier s'étonne de ce que ses commentaires sur la loi 101, inutile selon lui, aient suscité autant de réactions négatives au Québec. En fait, à part ses camarades libertariens, partisans d'un laisser-faire total de l'État, et le journal The Gazette, l'ancien ministre conservateur est à peu près seul dans son camp.

Le gouvernement fédéral a fini par s'accommoder de la loi 101. La Cour suprême a reconnu, dans des décisions qui ont fait jurisprudence, que le gouvernement du Québec a une responsabilité à l'égard du fait français dans cette province. Les gouvernements successifs du PLQ, malgré une certaine mollesse qui s'incarne dans l'affaire des écoles-passerelles, n'ont jamais remis en question l'utilité de la loi 101.

Bref, il y a comme un consensus sur l'utilité globale de la loi 101 au Québec.

Y a-t-il lieu d'amender certains pans de la loi? De l'étendre aux cégeps? De permettre des dérogations pour les enfants de travailleurs étrangers, forcés d'aller à l'école publique française? De permettre aux petits francophones, pendant un an ou deux, de fréquenter l'école anglaise, question de s'initier à cette langue-qui-ouvre-des-portes? Faut voir. Aucune loi n'est faite pour l'éternité.

Pardonnez une autre métaphore spatiale, mais Maxime Bernier est vraiment comme une comète. À intervalles réguliers, il revient dans le ciel de l'actualité pour faire une singerie, dire une pitrerie, accoucher d'une idée saugrenue. Puis il disparaît, aussi vite qu'il était apparu. Pffffft.

Il a dit que le prix du pétrole augmentait à cause des écolos. Il a dit avoir reçu «des milliers» de plaintes de Canadiens au sujet du formulaire long du recensement mais n'a jamais pu le prouver. Il y a eu l'épisode débile de la distribution de Jos. Louis à Kandahar. Il est sorti avec Julie Couillard. Puis là, la loi 101 est inutile. Rien que ça!

Maxime Bernier est le lapin Energizer de la bourde politique. Juste quand on pense qu'il a compris, qu'il va faire attention, pouf! le revoilà.

Je ne veux pas dire de M. Bernier qu'il n'est pas un vrai Québécois. Toute personne qui choisit de vivre ici est un Québécois, point. Mais je me demande parfois dans quel Québec il vit. Ce Québec où la loi 101 est inutile va peut-être plaire aux adeptes du libertarisme et à quelques Prix Nobel de la radio de Québec, mais sinon, c'est difficile d'être aussi divorcé du réel.

M. Bernier est un Québécois. Mais c'est un peureux. Aller dire que la loi 101 est inutile à Halifax, à un auditoire qui va évidemment vous applaudir, c'est déjà dans le sous-sol de la bravoure. Mais après, en voyant la tempête, refuser de s'expliquer en entrevue sur des tribunes nationales, c'est un sommet dans le rayon du manque de couilles.

Un dernier truc. Avez-vous déjà entendu Maxime Bernier parler anglais? Allez sur YouTube, il y fait des éditoriaux dans les deux langues officielles. Sur son blogue aussi, je crois. Son anglais est manifestement rudimentaire. Son accent, à couper au couteau. Peut-être que, au lieu de travailler au cabinet du très péquiste et très pro-loi 101 Bernard Landry, dans une autre vie, Maxime Bernier aurait dû faire un stage chez Berlitz. Un homme fier comme lui ne peut pas être fier de son anglais, quasiment incompréhensible.

Bref, il ne faut pas regarder du côté de Ludwig von Mises et autres chantres du libertarisme pour comprendre l'allergie de Maxime Bernier à la loi 101.

Je suggère de regarder du côté de Sigmund Freud.

(1) Rendez-vous sur mon blogue pour un lien vers le reportage : cyberpresse.ca/lagace