Au bout d'un long laïus détaillant tous les dossiers qu'il avait abordés avec les deux candidats au poste de chef de police de sa ville, Gérald Tremblay a lâché le morceau. De sa bouche est sorti le nom de son homme: «Marc Parent.»

Publié le 20 août 2010
Patrick Lagacé LA PRESSE

J'étais certain que le maire allait dire «Jean-Guy Gagnon».

Car tout destinait Jean-Guy Gagnon à la succession d'Yvan Delorme.

D'abord et avant tout, il était le bras droit d'Yvan Delorme, un chef hautement apprécié par le maire. Opter pour Jean-Guy Gagnon, c'était opter pour la continuité. Ensuite, Jean-Guy Gagnon avait l'expérience d'une course à la direction: il avait été candidat en 2005, quand Yvan Delorme avait été choisi.

Dans les secondes qui ont suivi l'annonce du maire Tremblay, j'ai reçu un courriel: «COUP DE THÉÂTRE!» m'a écrit un policier, surpris et heureux. Ce constat en majuscules trahissait à merveille le sentiment général chez les flics à qui je parle.

«Tout le monde pensait que le maire allait choisir Jean-Guy, me dit un policier. Il était en entrevue chez Isabelle Maréchal, en matinée, et il a trébuché sur le nom de famille de Marc Parent! On s'est tous dit: Ça y est, c'est Jean-Guy...»

Jean-Guy Gagnon s'est gagné l'inimitié éternelle d'une grande partie des troupes, au SPVM, quand il s'est présenté au salon funéraire où était exposé Fredy Villanueva, tué par un policier en août 2008. Ce geste a été vu comme un désaveu du travail des policiers.

Un patrouilleur d'expérience, qui apprécie Jean-Guy Gagnon, tempère: «Quand t'es en haut, t'es politicien.» Traduction: la visite à la famille Villanueva, c'était de la conciliation police-politique...

En tant que bras droit d'Yvan Delorme, il a également été associé à des mesures hautement impopulaires, comme la multiplication des constats d'infraction sur les routes: les policiers se voient désormais comme des «donneux de tickets».

Dans ce contexte, le bonheur des troupes vient de la défaite de Jean-Guy Gagnon. Pas de la victoire de Marc Parent.

Qui est Marc Parent?

Un gars de «tolérance et de respect», me dit un policier qui le connaît bien, qui l'admire et qui a servi sous ses ordres. Un dirigeant plus enclin à dire «nous» que «je».

«Quand j'ai su que Marc était dans les deux finalistes, qu'il allait parler au maire en entrevue, j'étais sûr qu'il gagnerait. Au-delà du politique, le maire est un homme humain, sensible, émotif. Je gagerais qu'il a senti ces qualités chez Marc.»

Le neuvième étage du quartier général du SPVM, celui de la haute direction, est un peu comme la cour d'un roi capricieux. Ceux qui tombent en disgrâce risquent l'exil. Et, il y a quelques années, Marc Parent a été exilé, au début de l'ère Delorme. Du QG, il a été fait commandant du centre opérationnel nord.

«Marc a été magané à l'interne, me dit ce policier qui le connaît bien. Il était adjoint de Michel Sarrazin et il a été tassé. Ce fut une rétrogradation. Mais malgré cela, jamais il n'a manqué de loyauté envers la direction. C'est exceptionnel quand on sait ce qu'il a vécu.»

En choisissant Marc Parent, Gérald Tremblay fait un geste courageux. Il se met lui-même en territoire inconnu: le maire traitait davantage avec Jean-Guy Gagnon. Je crois qu'il sait que les récriminations des policiers, dans les derniers mois, dépassent la simple rhétorique syndicale.

«Le moral des troupes est le premier défi de Marc, me dit le policier qui le connaît bien. Ça peut sembler banal, mais des policiers démotivés ont tendance à regarder à gauche quand l'action se passe à droite, à être plus brusques, moins tolérants et plus impolis...»

Le 17 septembre, Marc Parent deviendra chef du SPVM. Il devient, malgré lui, de par sa proximité avec les élus municipaux, un politicien.

Son défi sera de ne pas oublier qu'il est, aussi, un flic.