Allez, levons notre chapeau à un homme qui n'a pas peur des défis, j'ai nommé Gérard Deltell, ex-reporter parlementaire à TQS, député de Chauveau et désormais chef de l'Action démocratique du Québec.

Publié le 20 nov. 2009
Patrick Lagacé LA PRESSE

Il faut du courage et de l'énergie pour devenir chef d'un parti fauché, quasiment rayé de la carte en 2008, qui ressemble à la Somalie post-guerre civile depuis sa désastreuse course à la direction, dont l'ex-chef, Gilles Taillon, a claqué la porte en criant au complot et en appelant la SQ, qui a été déserté par deux députés et qui compte désormais quatre députés.

Dont Gérard lui-même.

Bref, Gérard, je suis surpris de te voir là...

J'entretiens une relation assez distante, mais chaleureuse, avec Gérard Deltell. Une relation de courriels espacés. Je vais probablement devoir revoir l'essence de cette relation parce que, entre vous et moi, un chroniqueur qui échange des courriels avec un député, ça va. Mais avec le chef de l'ADQ, ça ne fait pas très sérieux ! Des plans pour que Pauline Marois commence à m'écrire directement...

Gérard, donc. Probablement que son passé de reporter fougueux a quelque chose à voir dans l'équation, mais j'aime l'énergie et l'idéalisme de ce garçon.

En tant que porte-parole officiel du centre droit, on aurait pu trouver pire, bien pire. Je ne dirai pas de noms, je ne veux pas causer de diverticulite à quiconque.

Il y a deux semaines, Gérard m'a envoyé un courriel après avoir lu un papier sur lui dans mon blogue : «Merci, j'apprécie.» Réponse : «De rien. Mais entre toi et moi, un autre parti mérite davantage ton énergie.»

Voilà, Gérard, c'est toujours comme ça, personne ne m'écoute, moi : tu y vas quand même !

J'ai du respect parce que je suis dans le camp funéraire, côté ADQ : le parti est mort. On a dépassé le stade du désespoir, désolé. Nous sommes déjà rendus chez Urgel Bourgie. Enfin, Gérard, je t'admire, vraiment : si ça marche, ton affaire, j'ai déjà le titre de tes mémoires : J'ai découvert comment déjouer la mort.

Personnellement, Gérard, je sais bien que j'ai écrit que j'aimerais te voir ailleurs, dans un autre parti, mais j'ai changé d'idée, mon gars. J'aurais souhaité voir les quatre députés qui se réclament toujours de l'ADQ devenir travailleurs autonomes, des électrons libres qui agissent hors des cadres d'un parti. Dans tous les partis, il y a la discipline de parti. Il y a la nécessité - non, l'obligation - de penser aux prochaines élections, au prochain congrès, aux cartes de membre...

Pourquoi des électrons libres ? Pour qu'ils parlent librement. Tenez, prenons Amir Khadir. Je sais, Amir Khadir est membre d'un parti, Québec solidaire. Mais il en est le seul député. Aussi bien dire qu'il est député indépendant. Khadir est critique de tous les dossiers, il est whip et leader en chambre

de son parti...

Et le résultat est plus qu'intéressant. Khadir fait aller sa grande gueule sans vergogne, dans le sillon de sa vision idéologique, sans s'embarrasser de la discipline de parti, de ce qu'il faut dire ou pas. Ça tient à sa personnalité d'emmerdeur, évidemment.

Mais à sa condition d'homme libre aussi, j'en suis convaincu.

Depuis quelques mois, on parle un peu de la réalité minière, au Québec. Il y a quelque chose qui pue dans le deal que l'État consent aux minières, tant au chapitre de la fiscalité que des obligations environnementales.

C'est un enjeu qui nous touche tous, même si les mines sont généralement loin des grands centres : les ressources naturelles, elles appartiennent à tous les Québécois. C'est pourtant un enjeu dont on parle trop peu.

Or, qui a attaché le grelot aux observations courroucées du vérificateur général du Québec sur les passe-droits consentis par les gouvernements péquiste et libéraux ? Eh oui : Amir Khadir.

Le dossier n'a pas l'écho des scandales impliquant les gangs de routes, c'est vrai. Mais sans Khadir, on ne parlerait probablement pas du tout de mines, à l'Assemblée nationale.

Je fantasmais un peu en observant la désintégration de la navette adéquiste lors de son entrée dans l'atmosphère du réel post-Taillon. Je fantasmais à l'idée de voir six Amir de droite attacher le grelot à ces réalités dont on ne parle pas : dette, choc démographique, tarifs d'électricité, Code du travail, etc.

Mais ça n'arrivera pas. Parce que Gérard croit à la vie après la mort. Croire est le mot-clé, ici. Il faut avoir la foi pour penser qu'il reste de la vie dans cette carcasse. Et si quelqu'un peut réussir, c'est bien toi, Gérard...

Mais comme je disais : levons notre chapeau. Il y a quelque chose d'admirable dans l'énergie de Gérard Deltell. Et puis ce n'est pas tous les jours qu'on voit un homme faire le bouche-à-bouche à un cadavre.