«Je peux emprunter ton téléphone ? Faut que j'appelle au Parti québécois.»

Publié le 6 oct. 2009
Patrick Lagacé LA PRESSE

Maxime Laporte veut un pays, mais il n'a pas de téléphone portable. C'est donc avec le mien qu'il a appelé au PQ, devant moi, pour secouer les puces à quelque attaché politique.

«Ah, il y a un deuxième problème d'agenda? Ah non, tu ne peux pas me rappeler. Au pire, on va présumer que Pauline viendra le 2.»

Je vous présente Maxime Laporte. Étudiant à l'Université de Montréal. Indépendantiste. M'écrit souvent pour pester contre certains de mes papiers, ou contre ceux de collègues de La Presse. Un pur et dur, si on veut, à qui j'ai un jour suggéré, après une chicane par courriel, d'aller se faire cuire un oeuf.

Il m'a défié de le rencontrer. «Tu vas voir, a-t-il promis, je ne suis pas un tata.» Ça m'a amusé. Appelle-moi à l'automne, Maxime, on verra.

L'automne est venu, Maxime m'a rappelé. C'est ce qui explique notre rencontre dans un café de ce quartier de la ville qui grouille de vie, Côte-des-Neiges, un après-midi récent où l'automne ressemblait à l'été que nous n'avons pas eu.

Maxime a éteint mon téléphone. Deux fois que Pauline changeait la date de sa conférence à la semaine de la souveraineté qu'il organise sur le campus avec d'autres étudiants souverainistes. Thème de la semaine : le Québec sous occupation.

Come on, Maxime! «Sous occupation»?

Bah, il faut bien attirer l'attention, a-t-il fait, sourire en coin.

Nouvel appel. Toujours avec mon téléphone.

«Non, tu peux pas me rappeler. Ça me prend une réponse. Vous comprenez, je suis avec un journaliste de La Presse. Il faut que je lui dise si Mme Marois sera là ou pas. Pour une fois qu'on peut percer La Presse

J'ai roulé les yeux. Je suis certain que Maxime a fait exprès pour dire ça, juste pour me picosser.

Maxime m'a expliqué son adolescence de militant libéral, dans Lanaudière. Puis, un jour, il a vu la lumière grâce à un célèbre poète : «J'ai lu Gaston Miron et, je sais pas, j'ai allumé, je suis devenu souverainiste.»

Il se passe quelque chose chez les souverainistes. Quelque chose qui ressemble à une grogne grandissante envers le PQ. Ils sont plusieurs, du côté de ceux qui espèrent un OUI, à trouver que le PQ ne se bat pas avec assez de vigueur pour faire avancer l'idée d'un pays. Maxime est de ceux-là.

Ça explique les Jeunes Patriotes, ça explique le Réseau de résistance du Québécois (RRQ), ça explique la Société Saint-Jean-Baptiste.

Ça explique le déraillement de la reconstitution prévue de la bataille des Plaines, ça explique les manifs devant le bureau de Justin Trudeau, ça explique le rififi dans L'Assomption, quand Pauline Marois a désavoué l'ancien député Jean-Claude Saint-André, jugé trop radical pour le PQ.

Ça explique qu'un kid comme Maxime Laporte, 21 ans, pétillant d'énergie et d'idéaux, dise un truc comme : «Moi, je suis militant indépendantiste. Pas militant péquiste.» Il trouve que le PQ s'est «coupé de sa base», qu'il s'est embourgeoisé. Qu'il a peur de choquer.

Prenez le CHUM. Ce qui embête les militants indépendantistes comme Maxime, ce n'est pas que le CHUM soit encore dans un «bureau de projet», c'est que le Parti québécois ne soit pas entièrement, résolument et publiquement contre l'idée de la construction d'un CHUM pour les Anglais, mieux connu sous le nom de CUSM.

En marchant vers le pavillon Jean-Brillant, j'ai signalé à Maxime qu'il a 21 ans et que, à cet âge, si la politique nous intéresse, on devrait vendre des cartes de membre d'un parti, faire élire des députés. J'allais lui dire qu'il y autre chose à faire, aussi, à 21 ans, mais bon...

«Je n'y crois pas, aux ailes jeunesse. On y apprend la politique du simulacre.

- La politique du simulacre, Maxime ?

- On y pratique la politicaillerie. Je préfère militer à ma façon, avec des activistes qui n'ont pas de moyens.»

J'ai regardé Maxime accueillir Bernard Landry dans le vestibule animé. Partout dans le pavillon, des gars et des filles allaient et venaient, dans la jeune vingtaine pour la plupart. Il y avait longtemps que j'avais mis les pieds dans une université. J'avais oublié à quel point ils sont beaux, les petits chenapans. Peut-on être plus beau qu'à 21 ans, sortant d'un cours de bio ou de sciences po ? Je ne pense pas.

Maxime, lui, n'en avait que pour Bernard Landry. Je le regardais aller, petite boule d'intensité hyperpolitisée, même pas un regard de travers pour admirer le paysage.

À M. Landry, Maxime a rapidement raconté la fois où il a vu la lumière : «J'ai lu Gaston Miron et, je sais pas, j'ai allumé.»

Je me suis demandé si Maxime, dans cette quête incandescente, avait un peu de temps pour l'amour. J'espère, sinon, c'est gâché. Surtout à 21 ans. C'est bien, être militant, mais il y a l'amour, aussi. C'est pas moi qui le dis, Maxime, c'est Gaston Miron, justement.