Quand le National Post a été créé, à la fin des années 90, il a bouleversé les journaux canadiens. Le Toronto Star et le Globe and Mail ont dû se grouiller le derrière, gracieuseté de la concurrence. Puis, peu à peu, à mesure que les moyens (et le souffle) ont commencé à manquer, le National Post a commencé à sombrer dans une certaine médiocrité.Du tabloïd en grand format, sans la verve des Sun. Une usine à «gros bon sens», avec tous les raccourcis qui viennent avec.

Mis à jour le 26 févr. 2009
Patrick Lagacé LA PRESSE

C'est le genre de journal qui laisse Barbara Kay écrire que le Québec est un lieu hostile pour les libertés et la diversité, un lieu ouvert aux extrémistes. Un «Quebecistan», selon la formule délicate de Mme Kay.

C'est ce journal qui est arrivé mardi, avec un éditorial larmoyant sur la pleutrerie des élus fédéraux devant la controverse de la reconstitution de la bataille des plaines d'Abraham. En gros, selon le National Post, Ottawa aurait dû s'entêter et imposer l'événement.

Au besoin, avec le renfort de la «sécurité fédérale», écrit-on virilement.

En prime, on retrouve dans l'éditorial les clichés habituels sur le Québec, des arguments déconnectés de petits Einstein qui ne lisent probablement que The Gazette pour comprendre ce qui se passe ici.

Bébés gâtés. C'est, au fond, le coeur de cet éditorial:le Québec est une province d'ingrats. C'est un point de vue répandu. Jusqu'ici, c'est grossier, mais bon, vive la diversité.

Le Post prétend que le gouvernement conservateur, très peu populaire ici, n'a donc rien à perdre. Et devrait donner une bonne leçon à ces ingrats de Quebeckers, en adoptant la ligne dure.

Et le journal torontois fait la nomenclature de toutes les ouvertures d'Ottawa, au fil des décennies, envers les Québécois. Une stratégie d'appeasement, écrit le Post.

Appiquoi? Appeasement, apaisement. C'était la politique des démocraties face à Hitler, entre les deux guerres, une politique aujourd'hui honnie.

Bref, le Québec et l'Allemagne nazie, dans le même raisonnement. Subtilement, of course!

Où en étais-je, donc, avant de penser à ce pleutre de Neville Chamberlain?

Ah, oui, le National Post, donc, fait la nomenclature de toutes les généreuses ouvertures du fédéral envers le Québec. Ouvertures qui n'ont pas, selon le Post, amadoué les enfants gâtés. Les trois colombes de Pearson, le bilinguisme officiel de Trudeau et les accords du lac Meech et de Charlottetown de Mulroney. Des échecs, se désole gravement l'édito.

Pardon? L'«échec» de Meech?

Le Québec avait signé Meech, non? Bourassa était prêt à signer la Constitution dans l'»honneur et l'enthousiasme», n'est-ce pas? Puis, l'accord a été torpillé. Par deux bons Canadians, MM. Clyde Wells et Frank McKenna. Et un Cri du Manitoba, Elijah Harper.

L'échec de Meech est canadien.

Mais là où l'éditorial du National Post innove, c'est dans ses recommandations à Stephen Harper. On aimerait voir le premier ministre jouer au dur au Québec. En retirant au Québec une voix à la Francophonie. En défendant «vigoureusement» les Anglos du Québec qui défient les lois linguistiques.

L'innovation? C'est que cette ligne dure, cette politique de «tough-love», dixit l'éditorial, c'est le rêve mouillé des souverainistes !

Pulvériser la paix sociale en défiant la loi 101, par exemple? C'est le genre de manoeuvre d'Ottawa dont rêvent les leaders du Bloc et du Parti québécois. Ils rêvent d'une indignation collective, façon juin 1990, après la mort de Meech. Ce fut excellent pour les séparatissses, ça...

J'en déduis que le National Post, avec ses idées de gnons, est assez comiquement un allié objectif de Pauline Marois.

Mme Marois a ordonné à ses députés de cesser d'acheter de l'espace dans le journal Le Québécois, pour cause de supposée incitation à la violence de son patron, Patrick Bourgeois. Mme Marois devrait ordonner que les 10 000 $ ainsi économisés soient investis par le PQ dans le National Post. Ça urge. Le Post est une voix essentielle pour la souveraineté. Un allié objectif, même.

Je lis et je relis l'édito du Post, largement décrié, hier. Ça parle aux rednecks. Mais les rednecks ne forment pas une base politique très solide. Ni un grand lectorat. On se demande pour qui l'ancien journal de Conrad Black parle.

Voici un journal qui ne comprend pas le Québec.

Et qui ne comprend pas le Canada non plus. Fort, très fort...

Comme le veut la tradition dans le journalisme anglo-saxon, l'éditorial du Post n'est pas signé.

Personnellement, je ne vois qu'une seule personne capable d'écrire pareille bêtise basée sur du vent, exprimée avec une telle virilité mal placée.

«Don Cherry, are you there?»