Heureusement que Fo Niemi est là. Il nous rappelle à tous que le proverbe est vrai: le ridicule ne tue pas.

Patrick Lagacé LA PRESSE

M. Niemi s'occupe d'une cause noble. À la tête du Centre de recherche-action sur les relations raciales (CRARR), il lutte contre le racisme.

Le hic, c'est que, comme un ancien soldat du Vietnam qui saute compulsivement sous la table de la cuisine quand le laitier sonne à la porte, M. Niemi crie au racisme, à la xénophobie et à l'intolérance à la moindre occasion.

Depuis 18 mois, M. Niemi a très publiquement crié au loup trois fois. Les trois fois, notre homme a sorti le légendaire bazooka pour tuer la proverbiale mouche.

Mars 2007: alors chef du PQ, André Boisclair martèle l'importance de l'éducation dans une économie mondialisée. Il fait notamment l'éloge des Chinois: à Harvard, où il a étudié, «le tiers des étudiants au bac avaient les yeux bridés».

Remarque anodine. Qui fut montée en épingle, en pleine campagne électorale, par des médias canadiens anglais, toujours heureux de subtilement dessiner une robe du KKK à des politiciens séparatisssses.

Fo Niemi, pas plus brillant, a sauté dans cette mare visqueuse: la remarque sur les yeux bridés des Asiatiques est «offensante sur le plan racial», a-t-il décrété.

Et si vous êtes assez sensible pour croire que de noter les yeux bridés d'un Asiatique relève de l'offense raciale, eh bien vous pourriez m'inviter au restaurant pour qu'on en jase. Je suggère Les Bridés, rue Lajeunesse. Tenu par des Vietnamiens...

Octobre 2007: le PQ sort ce maladroit projet de loi sur l'identité québécoise qui lie droit de vote et connaissance de la langue française. Le projet de loi est attaqué de partout.

Mais l'attaque la plus vicieuse vient du B'nai Brith, qui ose dire que le PQ, avec ce projet de loi, rappelle les dérives de partis d'extrême droite en Europe.

Qui est à côté du Me Steven Slimovitch, du B'nai Brith, en conférence de presse? Eh! oui, le Austin Powers du racisme québécois, notre homme, Fo Niemi. Tous deux promettent d'alerter, à ce sujet, le rapporteur spécial de l'ONU sur le racisme. L'ONU! Juste ça!

Octobre 2008: M. Niemi est désormais fâché contre la Commission des droits de la personne du Québec.

Je résume. En 2006, dans une école primaire de Montréal, une surveillante de dîner apostrophe Luc, 7 ans. Il fait un dégât en mangeant du riz. La surveillante lui demande si, dans son pays, «on se lave les mains avant de manger». L'enfant a des parents philippins.

C'est une remarque nounoune, c'est une remarque idiote.

On ne parle pas d'envoyer les enfants philippins dîner dans la salle où on entrepose les déchets parce qu'ils sont philippins, quand même.

Mais pour la mère du petit, Maria Gallardo, ce n'est pas une remarque nounoune. C'est une remarque raciste. Et elle porte plainte à la Commission des droits de la personne.

La Commission fait enquête. Entrevues de témoins, tout le bataclan.

Puis, récemment, la Commission a rendu sa décision. La remarque de la surveillante, tranche-t-on, est assimilable «à un motif de discrimination» et la preuve soumise est «suffisante pour soumettre le litige à un tribunal».

Sauf que la Commission, sans le dire en autant de mots, semble aussi croire que nous sommes devant un commentaire mille fois plus nono que raciste. Et tranche: «Il n'est pas dans l'intérêt public de saisir un tribunal du présent litige», car «les propos tenus (...) constituent un incident isolé dont la portée demeure limitée (...)».

On reconnaît la bêtise, mais on n'ameute pas non plus l'appareil judiciaire pour aller plus loin. Décision juste.

La maman du petit est outrée. Elle crie au racisme. Mais bon, ça va, c'est le rôle d'une maman de défendre son fils, à la vie, à la mort. Moi, j'exigerais que la surveillante reçoive 15 coups de bâton pour sa faute, mais Mme Gallardo, plus clémente, voudrait du fric.

Et qui arrive sur scène pour dire que Mme Gallardo est victime d'une grave injustice? Eh oui, Fo Niemi lui-même. En fait, ce n'est pas Mme Gallardo qui a porté plainte à la Commission. C'est M. Niemi, en son nom.

Pour Fo Niemi, la décision de la Commission est suspecte parce que ceux qui l'ont rendue étaient tous des Québécois blancs. «Pour la première fois, il n'y a aucun anglophone, aucun juif, aucun Autochtone...»

C'est un commentaire tellement minable, tellement pernicieux.

Quoi, un Juif, un Anglo, un Mohawk auraient interprété les faits autrement?

Par «autrement», bien sûr, M. Niemi veut dire qu'ils auraient vu là du racisme?

C'est drôle, je pensais que la justice était aveugle...

Selon cette logique tordue, on peut se demander ce qu'il faudra pour satisfaire M. Niemi. Un juge noir pour un immigré haïtien accusé de meurtre? Un juge musulman pour un cas de violence conjugale impliquant une Algérienne?

Sunnite ou chiite, au fait, le juge?

Qu'on dénonce une décision de la Commission en citant un vice de procédure, une erreur de fait, une interprétation erronée des événements, soit.

Mais qu'on souligne l'origine ethnique des membres d'un organe gouvernemental pour dénoncer cette décision, là, c'est... c'est... c'est quoi, donc?

C'est racialement offensant, tiens.

Si M. Niemi veut changer de métier, il ne sera pas démuni. On me dit que le Cirque du Soleil cherche des clowns.

Courriel Pour joindre notre chroniqueur: plagace@lapresse.ca

Photo: Alain Roberge, La Presse

Fo Niemi (à gauche) est  à la tête du Centre de recherche-action sur les relations raciales. Il a porté plainte à la Commission des droits de la personne au nom de Maria Gallardo, au centre, d'origine philippine, pour un incident survenu en 2006 à l'école de son fils Luc.