On a souvent dit que la Saint-Jean était une grande fête de famille. Ce sera plus vrai et plus visible que jamais cette année au grand spectacle de la Saint-Jean au parc Maisonneuve. Les concepteurs du spectacle ont en effet décidé de miser sur l'esprit de famille, en réunissant sur une même scène les deux frères du clan Lapointe, le père et le fils du clan Charlebois et le frère et la soeur de la tribu McGarrigle.

Mis à jour le 22 juin 2011
Nathalie Petrowski LA PRESSE

Cette jolie idée vient de Sylvie Rémillard qui signe la mise en scène des spectacles de la Saint-Jean tant à Montréal qu'à Québec depuis 20 ans. Par le passé, la metteure en scène a souvent tablé sur la parenté musicale et l'amitié entre les artistes invités à se produire au grand spectacle de la Saint-Jean. Mais cette année, l'idée de la filiation familiale s'est imposée comme une façon de renouveler le genre.

Ce ne sera pas la première fois qu'Hugo et Éric Lapointe, que Robert et Jérôme Charlebois ou que Rufus et Martha Wainwright chanteront ensemble. Mais ce sera la première fois qu'ils le feront sur une aussi grande scène un soir de Saint-Jean et devant ce qui ne manquera pas de ressembler à une mer de drapeaux bleu et blanc avec ici et là des drapeaux aux couleurs des Patriotes. Aux membres de ces trois familles s'ajoutera une grande famille recomposée, constituée des patriarches Yves Lambert et Claude Gauthier, de la petite dernière Brigitte Boisjoli, sans oublier les petits cousins Damien Robitaille, Vincent Vallières et Marie-Pierre Arthur.

Hier midi, dans un local de répétition devant le canal de Lachine, les membres de cette grande famille musicale ont rencontré les médias pour leur donner un avant-goût du spectacle.

Ne manquaient à l'appel que Martha et Rufus Wainwright qui n'arriveront en ville qu'à la toute dernière minute pour entonner deux chansons en hommage à leur mère Kate MacGarrigle, décédée d'un cancer l'an passé. Reste que la présence de ces deux Anglos-Montréalais sur une scène un soir de Saint-Jean est un évènement en soi et la preuve par deux que la Fête nationale ne carbure plus à l'idéologie stricte et sectaire de ses débuts. En même temps, s'il y a deux Anglos-Montréalais dont la présence au spectacle de la Saint-Jean est justifiée, c'est bien Rufus et Martha. Les deux ont souvent, chacun de leur coté, pris fait et cause pour le français, tout en menant une carrière internationale en anglais.

Encore aujourd'hui, Martha Wainwright continue de faire le tour du monde avec un hommage aux chansons d'Édith Piaf qu'elle chante en français du début jusqu'à la fin. Quant à Rufus, non seulement son premier opéra Prima Donna raconte l'histoire d'une diva montréalaise du nom de Regina St-Laurent, mais lorsque le directeur du Metropolitain Opera de New York lui a demandé de remplacer le français du livret pour de l'anglais, Rufus a refusé. Résultat: au lieu d'être créé à New York, Prima Donna a été créé en français à Manchester, en Angleterre. Et si cela ne suffit pas, Rufus et Martha sont les enfants d'une anglo dont le premier succès international était une chanson en français sur la rue Sainte-Catherine de Montréal où elle chantait avec sa soeur Anna, «y'a longtemps qu'on fait de la politique, 20 ans de guerre contre les moustiques».

Programme de la soirée

Le soir de la Saint-Jean, Rufus et Martha chanteront Complainte pour Ste-Catherine en hommage à Kate avant d'enchaîner avec Entre Lajeunesse et la sagesse et d'entonner: «nous sommes fils, filles, rejetons d'épiciers, nés un jour de solde, élevés à bon marché, nous sommes pauvres, mais nous sommes heureux ensemble».

Le coup d'envoi du spectacle sera donné à la tombée de la nuit avec un classique du répertoire québécois: Entre deux joints, paroles de Pierre Bourgault, musique de Charlebois. Composé à l'été 1972 pour réveiller les jeunes de l'époque que Bourgault trouvaient déjà trop vieux, cette chanson coup de pied n'a jamais perdu son actualité, mais elle a, en quelque sorte, changé de cible. Aujourd'hui ce n'est pas seulement les jeunes qu'il faut réveiller, mais toute la classe politique québécoise.

Robert Charlebois enchaînera avec Fu Man Chu avant de laisser son fils Jérôme chanter tout seul à la guitare La boulée, faisant en quelque sorte renaître le Charlebois débranché des années chansonnier. Puis le père et le fils présenteront leur version de Maurice Richard, une chanson de Pierre Létourneau que Jérôme a mis en images dernièrement pour un lipdub qui a déjà été vu par plus de 300 000 personnes sur YouTube.

Les frères Lapointe ne seront pas en reste avec leur rock béton et fraternel. Huit ans séparent les deux frères, mais Éric l'aîné se souvient encore du temps où il changeait les couches de Hugo, son cadet. Plus tard, dans la cour d'école, il est devenu son protecteur à coups de «Ne touchez pas à Hugo!». Mais le 24 au soir, un nouveau membre du clan Lapointe, Christophe-Arthur, se glissera entre les deux frères pour fêter avec eux sa toute première fête nationale. Le nouveau-né ne fera pas de politique, boira du petit lait plutôt que de la bière et agitera un hochet en guise de drapeau, mais qui sait si, du haut de ses 4 mois, il ne commencera pas à rêver au soir, dans 20 ans, où il chantera à la Saint-Jean, sur la même scène que son père et son oncle.