Le maire du Plateau, Luc Ferrandez, s'apprête à fermer trois piscines intérieures l'été prochain. La raison? Économiser 55 000$. Une goutte d'eau dans un budget d'une cinquantaine de millions.

Michèle Ouimet LA PRESSE

Pourtant, à l'automne, Luc Ferrandez a doublé le prix des vignettes et installé des parcomètres partout-partout pour boucler son budget. Il voulait d'abord fermer une piscine, Schubert, mais il a reculé devant le tollé. Il avait d'ailleurs reconnu que ce n'était pas une bonne idée. Ferrandez est un cas: il avoue ses erreurs sans sourciller. Il n'a pas une once de mauvaise foi. Une erreur, avait-il dit. Alors pourquoi fermer trois piscines1 si l'idée d'en fermer une était une erreur? Êtes-vous à ce point désespéré? lui ai-je demandé.

La réponse a fusé: oui.

Oui, parce que ses revenus sont gelés depuis trois ans alors que ses dépenses, elles, augmentent au rythme de 2 à 3 millions par année. Faites le calcul: impossible d'arriver. À moins de sabrer les services. Ou d'imposer une taxe locale, ce que tout politicien déteste faire. Les taxes ne sont pas populaires auprès de l'électorat.

«Les gens sont déjà assez taxés comme ça, a expliqué Ferrandez. Payer plus de taxes pour un quartier qui n'est ni propre, ni calme, ni déneigé? Il y a des limites!»

En 2006, la Ville a donné 49,4 millions au Plateau; en 2012, 51,1 millions. Une misérable hausse de 1,7 million, soit 3,4%. En sept ans.

Depuis trois ans, la Ville a gelé les budgets des arrondissements. Pendant que les maires sabraient leurs dépenses2, que Lachine éliminait les camps de jour et ne faisait plus qu'une collecte de déchets par semaine, que Villeray haussait les tarifs des arénas, que le Sud-Ouest coupait le gazon moins souvent, que Rivière-des-Prairies réduisait les heures d'ouverture des bibliothèques, la Ville se payait la traite et augmentait ses dépenses sans retenue. Elles sont passées de 3,8 milliards en 2006 à 4,7 milliards en 2012, un bond de 23%.

Les coûts des régimes de retraite ont explosé, plaide la Ville. Fort bien, sauf que les arrondissements ont aussi des dépenses incontournables: les salaires des employés qui augmentent de 2% par année, la TVQ qui a fait un bond de deux points de pourcentage en deux ans, l'inflation, etc. Mais la Ville ne leur donne pas un sou de plus. Résultat: les arrondissements sont dans le rouge. Pourtant, ce sont eux qui donnent les services directs aux citoyens: parcs, piscines, bibliothèques.

La Ville a promis de revoir la formule de financement et de ne plus geler les budgets. Le président du comité exécutif, Michael Applebaum, fait actuellement le tour des arrondissements pour prendre en note leurs doléances.

Les choses vont changer, a promis le maire Gérald Tremblay.

Il le faut: bientôt, le Plateau n'aura plus de piscine à fermer.

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Pendant que Michael Applebaum fait sa tournée, Luc Ferrandez continue de couper les cennes en quatre. Il jongle avec l'idée d'imposer une taxe de 60$. Chaque foyer verserait son obole, une taxe qui toucherait tout le monde, locataires et propriétaires.

Il a aussi mis à la porte la seule et unique secrétaire des élus. «Maintenant, c'est moi qui réponds au téléphone, a dit Ferrandez. Quand je ne suis pas là, bonne chance!»

Ferrandez a des frustrations. La valeur des maisons a explosé, le compte de taxes aussi, mais c'est la Ville qui empoche. «Depuis 2009, on a envoyé 100 millions de plus à la Ville. Je n'ai rien reçu. Zéro cenne!»

Le maire prie le ciel pour qu'il ne neige pas trop. S'il tombe plus de 15 cm, il faut mettre la neige dans les camions. En bas de 15, elle n'est que tassée. Résultat: elle s'accumule en bordure des voies. S'il pleut, elle fond, mais si le thermomètre plonge au-dessous de zéro, elle durcit et devient une patinoire. Mais le Plateau économise 1 million.

«Ils annoncent 15 cm de neige, ai-je dit au maire lors de l'entrevue, qui s'est déroulée la semaine dernière.

- Ah ben, bâtard! 15? Vous pouvez être sûre que je vais sortir ma règle.»

S'il n'y a pas plus de deux chargements d'ici la fin de l'hiver, les piscines ne fermeront pas, a promis Ferrandez. Il implore donc le ciel d'être avare en tempêtes.

Aujourd'hui, Luc Ferrandez rencontre Michael Applebaum.

«Et que lui direz-vous?

- Donnez-nous de l'argent, câlisse! S'ils ne nous donnent pas 2 millions, je ne sais pas ce que je vais faire. Je ne sais plus où couper!»

1. Les piscines visées sont Lévesque, Schubert et le Centre du Plateau. Elles seraient fermées en juillet et août. 2. Mes collègues Karim Benessaieh et Pierre-André Normandin ont appelé les 19 arrondissements et fait la liste des services réduits depuis trois ans.

michele.ouimet@lapresse.ca