Michael Applebaum n'était pas de bonne humeur, jeudi. Applebaum? Le président du comité exécutif de la Ville de Montréal. Le bras droit du maire Gérald Tremblay. Peu connu du grand public, même s'il détient beaucoup de pouvoir.

Michèle Ouimet LA PRESSE

C'est lui qui donne les grandes orientations du budget, lui qui tient les finances de la Ville entre ses mains, lui qui décide si les arrondissements devront racler les fonds de tiroirs pour boucler leur année. Il ne travaille pas seul, évidemment. Il consulte d'autres personnes. N'empêche, il a la main haute sur les finances.

Et les finances de la Ville sont tout sauf simples. Une ville centre, 19 arrondissements, 21 800 employés, des syndicats puissants, pompiers, policiers, cols bleus, une caisse de retraite incontrôlable, des infrastructures qui tombent en ruine. Un monstre.

Son budget de 4,5 milliards est deux fois plus gros que celui du Nouveau-Brunswick et trois fois plus que l'Île-du-Prince-Édouard.

Michael Applebaum n'était pas de bonne humeur, disais-je. À la fin septembre, j'ai écrit qu'il était agent d'immeubles, un «travail honorable» que la Ville a «gonflé à l'hélium» en le présentant comme un «homme d'affaires averti», le jour où il a été nommé président du comité exécutif.

Il n'a pas apprécié. Hier, il m'a donné l'exemple d'un homme d'affaires qui avait une 6e année, ce qui ne l'a pas empêché de faire de l'argent comme de l'eau. Bref, on peut être avocat, médecin ou n'avoir aucun diplôme et être compétent.

«Où avez-vous étudié?», lui ai-je demandé.

La question l'a surpris. Il a fait quelques cours au cégep en commerce, mais il n'a jamais obtenu son diplôme.

Le président du comité exécutif devrait-il posséder un bagage en finances ou en comptabilité? La question est légitime, n'en déplaise à M. Applebaum.

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Mercredi, M. Applebaum a annoncé que les taxes augmenteront de 2,5% en 2012. Révélation étonnante. Règle générale, la Ville n'abat pas ses cartes avant le dépôt de son budget.

À ce 2,5% s'ajoutera probablement une hausse de la taxe d'eau de 1,2%, car le réseau continue de fuir, même si la Ville investit des millions dans sa tuyauterie depuis 2003.

M. Applebaum a précisé que les Montréalais pouvaient se compter chanceux: 2,5%, c'est le taux de l'inflation, aussi bien dire rien du tout. Il a oublié de préciser qu'ils y ont drôlement goûté depuis novembre 2009, c'est-à-dire depuis la réélection de Gérald Tremblay. Les taxes ont grimpé de 6% en 2010 et de 4,4% en 2011.

La Ville a aussi créé une taxe de 45$ sur l'immatriculation et 8 des 19 arrondissements ont imposé une taxe locale qui rapporte 16 millions. Sept de ces huit arrondissements sont dirigés par l'équipe du maire Tremblay.

La Société de transport de Montréal n'est pas en reste. Elle augmente ses tarifs plus vite que son ombre. Elle les a haussés pendant 13 années consécutives, sans donner un seul répit aux usagers.

Et, cerise sur le gâteau, la valeur du parc immobilier a explosé. Dans certains arrondissements, comme le Plateau-Mont-Royal, le Sud-Ouest et Rosemont-La Petite-Patrie, la valeur des maisons a augmenté plus vite que la moyenne. Les propriétaires doivent donc absorber une hausse d'impôt supplémentaire.

Voilà pour le tableau.

Alors quand M. Applebaum dit que les Montréalais ne seront augmentés que de 2,5%, je tique.

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La Ville affirme qu'elle est prise à la gorge, que son régime de retraite connaît une hausse exponentielle et que ses infrastructures lui bouffent un fric fou. Je veux bien. Les dépenses ont flambé de 5% en 2011 et elles augmenteront de nouveau de 5% en 2012.

Pendant ce temps, les arrondissements se démènent avec des budgets gelés depuis deux ans. Ils doivent payer les hausses de salaire et absorber les coûts de système sans un sou de plus. La Ville leur donne un peu d'argent sous forme de programmes ponctuels: fonds pour les bibliothèques, la propreté ou les graffiti, mais ce sont des grenailles.

La Ville jure qu'elle fait son gros possible: elle veut comprimer ses dépenses de 250 millions d'ici 2013, ce qui implique une réduction de 1000 employés, sauf que personne ne sera mis à la porte et que les puissants policiers et pompiers - un État dans l'État - restent intouchables.

Et c'est M. Applebaum, nommé en avril, qui doit mettre de l'ordre dans ce monstre. Là aussi, je tique.

Pour joindre notre chroniqueuse: michele.ouimet@lapresse.ca