«Les jupes sont plus courtes, les talons plus hauts et les femmes toujours chic.»

Publié le 12 mars 2011
Michèle Ouimet LA PRESSE

Où? À Montréal. Et qui a écrit ce cliché? Le National Post, de Toronto. Je regarde mon jean froissé et mon t-shirt et je me dis: «Ah bon.» Chic, talons hauts, jupe courte, la quintessence de la Montréalaise.

Pour la presse internationale, Montréal est une ville formidable avec ses festivals, sa scène musicale, son réseau de pistes cyclables, ses vélos Bixi, ses universités et sa légendaire joie de vivre. Un «joyau culturel», rien de moins.

Au Canada anglais, quelques taches assombrissent cette image idyllique. Oui, Montréal est une «ville festive» taillée sur mesure pour le vélo, sauf qu'il y a des bémols. De gros bémols. La mafia est omniprésente et la corruption, généralisée. Exit les lunettes roses de la presse internationale. Heureusement que le National Post est là pour nous parler des talons hauts et des jupes courtes; et l'Edmonton Journal pour nous rappeler que c'est à Montréal qu'on fabrique les meilleurs bagels au monde. Oui, au monde.

Au Québec, le tableau est plus sombre. Les journaux affirment que Montréal est corrompu, que la qualité de vie y est médiocre et le français, menacé. La clique du Plateau régente tout et la ville reçoit trop de subventions.

À Montréal, on frôle Sodome et Gomorrhe. Les médias sont sans pitié. Ville de perdition, corruption, infrastructures vieillissantes, fusions municipales catastrophiques, exode de la population vers la banlieue, nids-de-poule, saleté. Bref, la dèche, la vraie de vraie.

La firme Influence Communication a analysé 105 000 articles provenant de 108 quotidiens américains, britanniques, français, canadiens, québécois et montréalais. Le but: cerner l'image de Montréal. L'archétype, pour reprendre son jargon. Bien sûr, ce type d'étude a des limites, l'approche n'a rien de scientifique. N'empêche, l'échantillon est impressionnant: 105 000 articles puisés dans 108 journaux.

La conclusion qui se dégage de ce gigantesque exercice est troublante: plus on est loin, plus Montréal brille, mais plus on se rapproche, plus la ville est corrompue, sale et embourbée dans un méli-mélo de structures qui la paralysent.

Heureusement que les Montréalaises portent des talons hauts et des jupes courtes. Et que les bagels sont les meilleurs au monde. Oui, au monde.

Au Canada et au Québec, l'image de Montréal frôle la catastrophe. Le maire Gérald Tremblay, qui dirige cette ville depuis neuf ans, devrait se poser des questions. Les scandales qui ont secoué son administration ont laissé des traces. En fait, c'est à peu près tout ce qu'il reste de Montréal: l'image d'une ville poquée, maganée, défigurée par les scandales. Heureusement que des clichés sauvent la mise. Talons hauts et bagels. Sans oublier les Bixi et les festivals, bien sûr.

Est-ce grave? «Il n'y a pas grand-chose de positif pour alimenter la fierté des Montréalais, affirme Jean-François Dumas, président d'Influence Communication. Une ville, c'est comme une marque de commerce qui génère du tourisme et attire des gens d'affaires. Quand elle a une couverture aussi négative, elle en subit les contrecoups. Québec a une image beaucoup plus positive.»

À qui la faute? Les journalistes n'ont pas inventé les scandales. En 2009, lorsqu'il a été réélu pour un troisième mandat, le maire Tremblay a promis de faire le ménage, de nettoyer la ville, de la débarrasser de cette image de corruption qui lui colle à la peau.

Et qu'a-t-il fait? Pas grand-chose. Il a resserré les règles d'attribution des contrats et adopté un code d'éthique, mais il a aussi déclaré la guerre à son vérificateur. Une guerre qui a dérapé. La Ville a espionné les courriels du vérificateur pendant des mois pour lui chercher des poux et le discréditer. Le vérificateur est tellement occupé à se défendre contre les attaques de la Ville qu'il manque de temps pour travailler à son rapport annuel. Faut-il rappeler le rôle essentiel d'un vérificateur? Dénoncer le gaspillage, s'assurer que l'argent des contribuables est bien dépensé et que les contrats sont attribués selon les règles de l'art.

Et que fait Gérald Tremblay? Il tire sur son vérificateur.

Pendant que la presse montréalaise surveille les moindres faux pas du maire, les médias régionaux, eux, s'épanchent sur la rivalité Montréal-Québec et dénoncent la clique du Plateau-Mont-Royal, ces «gauchistes frileux» qui ne supportent pas la critique, dirigent le Québec et mangent leur tartare «au restaurant Les Enfants terribles». Clique du Plateau, une expression dont se délecte l'ex-politicien Mario Dumont, recyclé en animateur télé.

Et qui fait partie de cette clique? Guy A. Lepage, des artistes, Amir Khadir et Luc Ferrandez, le maire à tendance iconoclaste du Plateau. C'est leur donner beaucoup de pouvoir.

J'ai des petites nouvelles pour tous ceux qui croient à un complot du Plateau. Depuis 2004, l'expression «clique du Plateau» a occupé, en moyenne, 0,2% de l'espace médiatique, soit autant que l'horticulture. Et les mots «Plateau-Mont-Royal», eux, n'en ont occupé que 0,07%.

La clique dirige tout? À ranger dans les clichés, avec les jupes courtes et les talons hauts.