Un rapport de 170 pages bien tassé qui est arrivé comme une bombe à 21h30 hier soir. Beaucoup de termes techniques. Pas le genre lecture de chevet. N'empêche, le message du vérificateur général de la Ville, Jacques Bergeron, est sans équivoque: le contrat des compteurs d'eau est un scandale, pas une lubie des médias.

Mis à jour le 22 sept. 2009
Michèle Ouimet LA PRESSE

Nombreuses irrégularités, gestion déficiente, élus tenus dans le brouillard, coûts trop élevés. Page 17.

Devant ce constat, le vérificateur recommande d'annuler le contrat. Il a aussi décidé de remettre le dossier entre les mains de la Sûreté du Québec.

 

Il propose également de créer un comité de réflexion chargé de revoir les mécanismes de contrôle. «L'absence de vision commune sur les mécanismes de gouvernance et de contrôle dans l'octroi et la gestion des contrats constitue un problème majeur pour la Ville de Montréal.»

Problème majeur. Récurrent. Cette phrase jette un doute sur les contrats attribués par la Ville, pas seulement celui des compteurs d'eau. Devrait-on passer au peigne fin tous les contrats juteux que Montréal a donnés au cours des dernières années?

La question mérite réflexion.

Mais bon, pour l'instant, Gérald Tremblay en a plein les bras avec les compteurs d'eau. Il n'aura pas le choix, il devra annuler ce contrat. Ça risque de coûter drôlement cher aux contribuables. Il existe dans le contrat de 356 millions accordé au consortium GÉNIeau une clause qui précise que, en cas d'annulation, la Ville devra verser une compensation de 1%.

Et le prix politique? Il risque d'être élevé.

Lorsque le contrat a été attaqué par les médias, le maire l'a défendu bec et ongles. À l'entendre, c'était un contrat béton, bouclé selon les règles de l'art. Mais lorsque les allégations d'irrégularités se sont multipliées, le maire a reculé. C'est là qu'il a décidé de le suspendre. Recul stratégique.

Ensuite, il a parlé de l'annuler. Et hier soir, au conseil municipal, il était prêt à tout balancer. «S'il existe le moindre doute sur la pertinence, la légitimité ou le prix du contrat, je vais l'annuler.»

Et des doutes, il y en a.

Tout plein.

* * *

Hier soir, l'opposition a parlé de lettres envoyées par la firme Price Waterhouse. Deux lettres, pour être précis, expédiées en juin 2007 à des hauts fonctionnaires de la Ville, six mois avant que le contrat des compteurs d'eau soit attribué à GÉNIeau.

Le contenu: une sévère mise en garde. Attention, précisaient les lettres, le contrat avec GÉNIeau contient d'importantes anomalies. Le maire était-il au courant?

Non, a-t-il répondu.

Renversant.

Et le directeur général de la Ville, Claude Léger, était-il au courant? Après tout, ce sont ses adjoints, Yves Provost et Réjean Lévesque, qui ont reçu les lettres. M.Léger aurait été tenu dans l'ignorance? Difficile à avaler. Si c'est le cas, il ne contrôle pas sa machine administrative, et pour un directeur général, ça frise l'incompétence. Et s'il le savait, il n'en aurait pas soufflé mot à Gérald Tremblay, son patron? Claude Léger aurait dû courir dans le bureau du maire en brandissant les lettres compromettantes.

Je pense que le maire ne sera pas le seul à devoir répondre à des questions embarrassantes.